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Ricardo Peñafiel : UQAM - Université du Québec à Montréal
Pobladores [peuplants] est le nom que l'on donne, au Chili, aux habitant-e-s des quartiers marginaux, surgis d'auto-constructions et d'occupations des terrains en périphérie des villes. Ailleurs on peut parler de favela, de barrio, de rancherío… mais au Chili le nom de ces quartiers populaires est connoté de l'action spécifique de « peupler », d'habiter un endroit qui auparavant était voué à d'autres fins. La plupart des poblaciones sont issues de prises de terrain relativement massives et organisées. Pourtant, l'essentiel de cette organisation surgit, au jour le jour, alors que ces milliers de personnes doivent se défendre contre les expulsions, tracer les rues et les lots, installer l'eau courante, l'électricité et les égouts, organiser des soupes populaires, des centres communautaires, des garderies, des cliniques et même une justice autogérés, etc. Ces expériences plébéiennes – d'auto-institution en acteurs politiques et souverains –laissent des traces dans la mémoire collective et individuelle. À travers une analyse ethnosociologique de récits de vie, cette conférence cherchera à montrer comment, malgré des décennies de répression et de mépris, il persiste chez les pobladores une conscience aigüe de leur « valeur », basée sur une série de pratiques quotidiennes et symboliques leur rappelant qu'ils et elles ont été capables d'apparaître dans un espace public excluant pour exiger d'être pris en compte et que cette souveraineté est toujours actuelle ou actualisable.
Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.
Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?
Titre du colloque :