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Chassé-croisé Ginzburg / Lavocat : deux plaidoyers contre l’externalisation des critères d’identification de la fictionnalité

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Miruna Craciunescu : Université McGill

Résumé de la communication

Cette communication se propose de mettre en dialogue deux disciplines qui font rarement l’objet d’une étude comparée – en dépit des analogies dont témoignent leur évolution parallèle durant les décennies 1970 à 2010 – à travers l’étude de deux ouvrages théoriques parus à dix années d’intervalle : soit Le fil et les traces : vrai faux fictif de Carlo Ginzburg (2010 [2006]) et Fait et fiction : pour une frontière de Françoise Lavocat (2016).

Bien que l’historiographie et la théorie des genres littéraires aient toutes deux été traversées d’interrogations similaires portant sur les « frontières de la fiction » à l’époque contemporaine, leur rapprochement peut néanmoins sembler curieux. Tandis que la critique des thèses de Hayden White par les historiens de l’Holocauste (Friedlander, 1992) a marqué un tournant décisif dans le champ des études historiques au courant des années 1990 en faveur des théories différentialistes affirmant la possibilité – et la nécessité – d’opérer une distinction entre discours référentiels et discours fictionnels, et entre « fait » et « fiction » ; ce sont en revanche les théories monistes qui dominent le champ des études littéraires, sans que la dissolution croissante de l’autobiographie en autofiction, ou de la biographie en « biofiction », ne fasse visiblement l’objet de considérations éthiques.

Or, en établissant une synthèse exhaustive de ces débats, l’ouvrage de Françoise Lavocat[1] met en lumière l’existence d’un groupe de narratologues qui refusent justement, pour des raisons éthiques, le postulat searlien voulant qu’« il n’y [ait] pas de propriété textuelle, syntaxique ou sémantique qui permette d’identifier un texte comme une œuvre de fiction » (Searle, 1982 [1975] : 109). Les essais de Carlo Ginzburg révèlent pour leur part que la prise en compte du caractère narratif de l’historiographie n’implique pas l’adéquation entre narrativité et fictionnalité défendue par ce que David Herman (1999) a appelé la narratologie postclassique. Les recoupements entre ces deux postures feront l’objet de cette étude.

[1] Françoise Lavocat (2016 : 35) cite à titre d’exemple : Banfield (1995 [1982], Martin (1986), Cohn (2001 [1999]), Martinez et Scheffel (2003), Nünning (2005), Skalin (dir.) (2005).

Résumé du colloque

Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écri­vain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 8 mai 2017

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