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Christiane Guay : UQO - Université du Québec en Outaouais
La question de la reconnaissance de l’adoption coutumière chez les peuples autochtones soulève actuellement des controverses importantes et fait l’objet d’une résistance marquée de la part des organismes non autochtones de services sociaux, du moins au Québec. Une des raisons principales de cet état de fait est la méconnaissance des pratiques concrètes des peuples autochtones concernés, ainsi que la perception voulant que l’absence d’encadrement étatique de telles pratiques soit contraire à l’intérêt des enfants. En rendant compte d’une expérience de recherche au sein de la communauté innue d’Uashat mak Mani-Utenam, nous tenterons de démontrer en quoi la pratique d’adoption coutumière Ne kubaniem ou Ne kubanishkuem (littéralement : prendre soin d’un garçon ou d’une fille) est non seulement conforme à l’intérêt de l’enfant, mais qu’une telle pratique participe également des facteurs de protection culturels. Enracinée dans une sociologie compréhensive et fondée sur une perspective constructiviste, cette recherche explore, par le biais d’une approche biographique, le récit de parents innus ayant adopté ou ayant été adoptés selon la tradition. Un tel regard, porté de l’intérieur, permet d’éclairer et de valoriser une pratique culturelle singulière et donne des clés de compréhension permettant à ceux et celles qui travaillent auprès des enfants et des familles autochtones de mieux exploiter les forces inhérentes à cette pratique. Enfin, cette recherche ouvre la voie à une plus grande reconnaissance des traditions juridiques innues par le système de protection de la jeunesse.
Le présent colloque s’intéresse à la trajectoire des enfants placés ou adoptés en contexte de protection de la jeunesse et aux rôles des adultes qui les entourent. Les systèmes de protection de la jeunesse s’appuient sur un principe fondamental : tous les efforts doivent être consentis pour permettre aux enfants de demeurer dans leur milieu familial. Toutefois, au Québec comme ailleurs dans le monde, un nombre important d’enfants ne grandissent pas dans leur famille d’origine en raison de situations qui compromettent leur sécurité ou leur développement. Au 31 mars 2016, près de 9 300 enfants étaient placés en milieu substitut pour leur protection. Cette situation est encore plus criante chez les enfants autochtones qui sont surreprésentés au sein des services de protection de la jeunesse et dans les milieux de vie substituts. Certaines situations de placement seront de courte durée et permettront le retour de l’enfant dans son milieu familial; d’autres s’inscriront dans des projets permanents et mèneront au placement jusqu’à la majorité ou encore à l’adoption de l’enfant. Ce colloque a pour objectif de partager les résultats des travaux les plus récents sur : 1) les enjeux de la stabilité des enfants placés et adoptés; et 2) l’expérience de la parentalité dans des contextes spécifiques peu connus. Dans la première partie du colloque, les différents conférenciers présenteront, à partir de méthodologies de recherche diversifiées, le portrait des trajectoires de placement des enfants, la stabilité des placements à long terme ainsi que les particularités du placement auprès de familles d’accueil de proximité au Québec. La seconde partie du colloque abordera de façon spécifique la réalité de l’adoption en contexte de protection de la jeunesse en offrant un point de vue scientifique riche et novateur sur la réalité des mères biologiques et des parents adoptants, l’ouverture des contacts post-adoption ainsi que la spécificité de l’adoption coutumière autochtone.
Titre du colloque :