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Sylvana Al Baba Douaihy : Université de Sherbrooke
Le concept de loyauté sous-tend et même oriente vers des questions fondamentales incrustées dans la structure de la société libanaise et dans son histoire politique. C'est principalement sous cet aspect particulier que nous entendons envisager la loyauté à partir d’un moment fort dans l’évolution historique de l’État du Liban : la guerre libanaise (1975-1977). Nous aborderons cette dernière à travers les discours mobilisateurs des acteurs influents qui ont façonné durablement différentes loyautés et orienté la politique nationale libanaise.
Dans la présente communication, nous visons à établir une délimitation du champ sémantique de la loyauté, à décrire ses multiples usages comme cela se décline dans les souvenirs, les opinions, les discours et les réflexions de deux dirigeants imposants : Camille Chamoun et Walid Joumblatt, représentatifs des deux camps belligérants de la guerre libanaise. En l’occurrence, les deux textes étudiés nous permettront de comprendre la situation complexe et escarpée de la guerre du Liban, ses tenants et ses aboutissants. Par ailleurs, ces textes revêtent une grande importance politique dans la topographie de la guerre libanaise à cause des images conflictuelles qu’ils produisent de l’adversaire et la perception de l’un envers l’autre et envers lui-même dans un jeu de miroirs croisés. Ainsi, notre but est de comprendre les motivations et les convictions profondes, religieuses, idéologiques et culturelles qui sous-tendent et conditionnent les loyautés des acteurs libanais durant la période tourmentée de la guerre civile.
Le couple loyauté-trahison, sauf exception, n’apparaît guère dans le vocabulaire politique actuel. Les débats politiques et les discussions théoriques sur le vivre-ensemble et l’obligation politique se sont en effet davantage appuyés, dans la deuxième moitié du 20e siècle, sur les idées d’appartenance et de communauté, de pluralisme et de tolérance, d’identité et de reconnaissance. Dans les sociétés libérales démocratiques, la relation à l’État et au gouvernement est davantage celle de la revendication et de la critique que celle de l’allégeance et de l’engagement : la loyauté est en quelque sorte minimale ou distanciée et non maximale ou constitutive. Les exceptions apparaissent, justement, quand l’identité culturelle ou la sécurité nationale sont concernées ou menacées, comme dans le cas des compétitions sportives internationales, des mouvements migratoires ou des déploiements militaires. S’il peut encore être question de loyauté et de trahison en dehors des phénomènes de ce genre, c’est à plus petite échelle, au sein des partis politiques, par exemple (« retourner sa veste » sera considéré comme une traîtrise) ou dans les organisations de la société civile (loyauté envers l’employeur, difficile à assumer en ces temps de « flexibilité »). On ne retrouve ainsi un usage important de la loyauté — et de son contraire, la trahison — que dans le monde professionnel (Clancy, 1998; Begin et Centeno, 2015) et, quand elle subsiste en politique, elle est souvent associée au patriotisme et aux valeurs de droite (MacIntyre, 1984; Drunckman, 2004). Si son étude ne disparaît pas pour autant, comme en témoignent après Hirschmann (1970) les travaux de Keller (2007), Laroche (2010) et Klenig (2014) sur la loyauté, et de Schehr (2010) et Giraud (2010) sur la trahison, elle demeure en retrait dans les sciences humaines et sociales. L’atténuation de la loyauté et de la trahison politiques est-elle avérée ou s’agit-il d’une question de point de vue, qu’un changement de perspective pourrait infirmer? Telle est notre interrogation.
L’objectif de notre colloque d’une journée consistera donc à recouvrer ou retrouver les usages, la pertinence et les limites de la loyauté politique aujourd’hui, et de permettre d’offrir une synthèse sur le concept de la trahison dans la variété de ses manifestations. Le colloque entend aborder la consistance conceptuelle de ces notions afin de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des rapports sociaux et des modes d’engagement étatique. Il accueillera les études de cas et les approches comparatives (notamment celles de spécialistes de la chose militaire), mais toujours dans le but d’une théorisation adaptée aux difficultés de ses usages actuels. Nous espérons ainsi circonscrire la portée du concept de loyauté en philosophie politique ainsi qu’en sciences humaines et sociales, et en arriver à la délimitation (ou à l’élargissement) du paradigme de la trahison. Nous pourrons ainsi mieux rendre compte de sa complexité actuelle et mieux en mesurer l’actualité.
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