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Nathanaëlle Soler : EHESS
Alors que la Nouvelle-Calédonie est entrée dans un processus de décolonisation qui remodèle l’ensemble des institutions, le seul hôpital psychiatrique de l’archipel questionne également ses pratiques et s’ouvre progressivement, dans une démarche proche de la sectorisation effectuée en France métropolitaine quelques décennies auparavant. Dans ce contexte où, d’une part les patients sont transférés dans leurs villages éloignés de l’hôpital, d’autre part des structures de soins décentralisées sont mises en place dans des espaces socioculturels majoritairement kanaks et ruraux, les infirmiers kanaks occupent un rôle central. Autrefois inscrits dans une institution asilaire fortement marquée par l’imaginaire répressif colonial, peu valorisés dans leurs fonctions, ce « retour à la tribu » les dote d’une compétence voire d’un prestige nouveaux. Le savoir culturel dont ils disposent vient reconfigurer les relations de savoir/pouvoir dans les structures de soins, puisque leur capital d’autochtonie est une ressource essentielle pour accéder symboliquement et pratiquement au patient.
Cette communication se propose de présenter la place nouvelle de l’infirmier kanak opérant dans ce contexte, à partir d’une enquête ethnographique menée auprès d’une « Antenne Médico-Psychologique » décentralisée sur l’île de Lifou, située à une heure d’avion de l’hôpital psychiatrique. Outre la place de l’infirmière psychiatrique kanake dans cette structure expérimentale et les interactions socioprofessionnelles avec d’autres acteurs médico-sociaux majoritairement européens (pédopsychiatre, psychomotricienne, éducatrice spécialisée), les portraits de quelques infirmiers kanaks de Lifou seront présentés, afin de montrer la place qu’occupe l’hôpital psychiatrique dans leur parcours professionnel.
Ce colloque se propose d’étudier l’évolution du rôle de l’infirmier et de l’infirmière dans la prise en charge de la santé mentale. À ce titre, il entend se pencher tant sur l’expérience du personnel infirmier en milieu psychiatrique que sur sa rencontre avec la maladie dans d’autres contextes de soin. Il vise tout particulièrement à mettre en lumière les conditions de naissance et de transformation, dans l’espace francophone, des soins infirmiers psychiatriques en tant que spécialité à part entière. Il abordera pour ce faire l’histoire de la figure de l’infirmier psychiatrique et de l’ensemble des pratiques, discours et représentations qui participent à son travail de prise en charge de la folie. Il s’attardera également sur l’évolution de l’enseignement et de la formation qui lui sont offerts, ainsi que sur les éléments contribuant à l’affirmation de son champ de compétence comme d’une spécialité infirmière à part entière (création de revues spécialisées et de sociétés professionnelles, organisation de congrès, etc.). Si les espaces canadiens, et plus particulièrement québécois, seront au centre de cette manifestation, les travaux menant à la comparaison avec d’autres pays francophones seront tout spécialement valorisés. Enfin, il souhaite réunir tant des historiens que des professionnels de la santé, et ce, afin de confronter les regards et d’ainsi faire dialoguer les perspectives de manière heuristique.