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Michel-Philippe ROBITAILLE : UQAM - Université du Québec à Montréal
La notion de mémoire collective, développée dans les écrits de Maurice Halbwachs, de Pierre Nora et de Paul Ricoeur, notamment, s’appuie sur une métaphore. Le passage de la mémoire individuelle à la mémoire collective comporte par conséquent un risque : celui d’attribuer les facultés cognitives des individus à des entités collectives qui ne les possèdent pas. La critique de la réification qui accompagne la notion de groupe a mené certains chercheurs en sociologie du nationalisme et de l’ethnicité à abandonner l’idée même de l’existence objective des entités collectives imaginées subjectivement par des entrepreneurs identitaires. La réflexion sur la mémoire en histoire et en sciences sociales bénéficierait de l’éclairage amené par ces critiques de l’idée de groupe. Peut-on parler de mémoire collective sans s’appuyer sur l’existence préalable d’un groupe porteur de cette mémoire ? S’inscrivant dans le cadre de recherches sur les controverses mémorielles dans l’historiographie des fascismes, cette communication présente l’hypothèse voulant que la mémoire soit constituée des interventions des entrepreneurs mémoriels, lesquels construisent subjectivement le groupe au nom duquel ils prétendent parler lorsqu’ils « remémorent » le passé. En ce sens, les controverses mémorielles constituent un terrain privilégié pour l’étude de la construction sociale des groupes.
Il est difficile de faire de la recherche en sciences sociales sans se référer au concept de groupe. Plusieurs études récentes visent précisément à démontrer que des changements au niveau de la groupalité ont des répercussions au niveau individuel. La question se pose de savoir quelles précautions doit prendre le chercheur ou la chercheuse en science sociale lorsqu’il ou elle veut généraliser à l’ensemble d’un groupe (national, culturel, ethnique, etc.). Par exemple, peut-on attribuer une agentivité à un groupe? Peut-on lui attribuer des intérêts, une volonté ou une mémoire? Faire cela, n’est-ce pas aussitôt simplifier le contenu du groupe? La question se pose de savoir comment devons-nous définir la notion de groupe si l’on veut éviter la généralisation hâtive, autrement dit si l’on veut bien saisir la diversité au sein du groupe. Des développements récents sur ces questions ont contribué à d’importants changements dans divers champs des sciences sociales, surtout dans l’étude sociologique de l’ethnicité, du nationalisme et du racisme, et dans les domaines de la philosophie politique qui lui sont le plus étroitement liés.
Les questions entourant la définition des concepts de groupes ont aussi fait couler beaucoup d’encre dans le champ de la philosophie politique. Par exemple, les politiques dites de la reconnaissance qui visent ultimement à corriger différents types d’injustices subies par des groupes « identitaires » ont été l’objet de beaucoup d’attention récente dans ce champ. Or, pour certains, les politiques de reconnaissance sont par définition essentialiste, étant donné qu’elles reposent sur une définition fixe de l’identité des groupes. Ce type de définitions, lorsque formulé dans des politiques, nourrirait l’injustice subie par certains membres de ces groupes. Notre colloque sera l’occasion de mettre en commun les travaux récents portant sur les différents problèmes qu’engendre l’étude des groupes et sur les différentes pistes de solution à ces problèmes.
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