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Frederik Matte : Université d'Ottawa
Cette communication tente de mieux comprendre comment s’articulent, au sein des organismes sans but lucratif (OSBL), les logiques d’actions à l’œuvre, logiques qui s’arriment très souvent de manière contradictoire et en tension. Plus particulièrement, nous proposons de questionner la transformation du bénévolat à la lumière des dynamiques que génèrent ces tensions. En effet, il semble que plusieurs OSBL privilégient maintenant une approche davantage affairiste où l’aspect managérial s’avère central, avec en prime, une logique marchande encourageant la performance, la rentabilité et l’efficacité (Weisbrod, 1998). De sorte que ce qui pouvait historiquement représenter la tendance de plusieurs OSBL, avec en tête une approche mettant l’accent sur la coopération, l’entraide et la solidarité, s’est vu confronté au fil des années à des forces antinomiques atténuant ces valeurs détenant auparavant le haut du pavée (McCully, 2000 ; Toepler, 2005, 2006.) L’environnement à la fois social, organisationnel et politique des OSBL semble avoir fait naitre plusieurs tensions, contradictions et paradoxes avec lesquels les principaux acteurs organisationnels doivent composer au quotidien. Quelques chercheurs ont ainsi soulevé des inquiétudes quant aux dérives potentielles tendant vers une marketisation (Salamon,1997) tous azimuts du secteur à but non lucratif, ou à tout le moins, favorisant une logique binaire où un seul choix entre libre marché et mission sociale subsisterait.
Ce colloque propose d’explorer les organisations dites hybrides à partir d’une perspective communicationnelle. De manière générale, les organisations hybrides sont définies comme des assemblages hétérogènes, caractérisés par une pluralité d’idéaux types, de cultures, de mécanismes de coordination, de rationalités ou de logiques d’action (Brandsen et Karré, 2011; Karré, 2011). Ces organisations sont bien souvent localisées à la frontière des trois secteurs propres à la société, à savoir les secteurs public, privé et civil. Cette rencontre intersectorielle produit un certain nombre de tensions; de fait, la combinaison de valeurs contradictoires peut générer paradoxes et conflits difficiles à manœuvrer (Ciesielska, 2010).
Pour une bonne part, la recherche sur les organisations hybrides a cherché à résoudre ces tensions, tendant à aborder cette résolution en termes binaires, soit comme un choix entre des pôles opposés. Par exemple, dans le cas des OBNL, le choix s’opère entre la logique de marché et la mission non lucrative de l’organisation (Sanders, 2015). Ce raisonnement, basé sur un mécanisme de sélection, conduit souvent à la promotion d’une des logiques au détriment de l’autre (Putnam et al., 2016). Au contraire, dans ce colloque, nous proposons d’explorer les tensions qui émergent du croisement des logiques des secteurs publics, privés et civils comme étant constitutives des organisations hybrides. En ce sens, nous ne cherchons pas à les résoudre, mais plutôt à en rendre compte afin d’explorer la nature paradoxale des organisations hybrides (Hardy, 1991 ; Hardy et al., 2003, 2014 ; Trethewey et Ashcraft, 2004). Cela permet in fine de comprendre comment les acteurs organisationnels vivent, conçoivent et manœuvrent à travers ces tensions dans leurs pratiques quotidiennes.
L’objectif de ce colloque est donc d’explorer la contribution d’une approche constitutive des tensions, ancrée dans une analyse de la communication, pour la compréhension de l’hybridation des organisations. Pour ce faire, nous explorerons trois axes : 1) terminologie, définitions et acceptions de « l’hybridation organisationnelle »; 2) apports des approches communicationnelles pour l’étude de l’hybridation organisationnelle; et 3) approches, outils et stratégies méthodologiques pour étudier les organisations hybrides.
Outre ses apports en matière d’avancement des connaissances, cette approche a de claires implications pratiques qui permettent d’outiller les praticiens à reconnaître et à « saisir » les tensions émergeant de ces contextes, et à les concevoir comme étant productrices. C’est pourquoi nous voulons créer un espace de réflexion et de discussions entre les praticiens et les chercheurs, où nous souhaitons privilégier des analyses de cas d’organisations hybrides.
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