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La mise en scène des personnages réels chez Ahmadou Kourouma et Boubacar Boris : une esthétisation romanesque de l’éthique

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Serigne Seye : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

Les romans de l'ivoirien Ahmadou Kourouma et ceux du Sénégalais Boubacar Boris Diop sont de véritables récits de la mémoire qui retracent le passé récent ou éloigné du continent africain. Ainsi plusieurs figures historiques y sont mises en scène pour prendre part activement à l'histoire diégétique. Personnages de l'époque coloniale ou des "soleils des indépendances", elles configurent la morale d'une Afrique postcoloniale où les modèles de vertu sont devenus rares. Ces personnages incarnent des valeurs et contre-valeurs et donnent ainsi aux romans une dimension axiologique certaine.

Les auteurs leur font subir une hybridation qui les fictionnalise et les installe dans un espace situé hors de la réalité historique. Ce qui pose le problème de la responsabilité du romancier face à un réel incapable parfois de réponde à ses aspirations esthétiques.

Notre communication qui se basera essentiellement sur les données de la sociocritique tentera de montrer que dans les romans d'Ahmadou Kourouma et dans ceux de Boubacar Boris Diop, les personnages issus de la réalité font partie d'un double projet de questionnement éthique et d'esthétisation du réel. Nous démontrerons aussi que, chez les deux écrivains, le traitement réservé aux éléments biographiques inspirés de la vie de l'Autre témoigne d'un rapport complexe à la réalité qui impose une redéfinition de l'objet littéraire.

Résumé du colloque

Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écri­vain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 8 mai 2017

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