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Audrey Heine : Université libre de Bruxelles
Ces dernières années, plusieurs travaux ont mis en évidence que les jeunes filles issues de l’immigration présentaient souvent une idéologie de genre plus progressiste que les garçons. Ainsi, elles ont plus d’aspirations pour la réussite, demandent plus d’autonomie et revendiquent aussi plus d’égalité et de liberté pour leur sexualité et pour les questions matrimoniales (Idema & Phalet, 2007; Phalet & Swyngedouw, 2004 ; Timmerman 2000). Dans le même temps, ces jeunes filles sont aussi la cible de discriminations importantes dans le pays d’accueil. Ainsi, en Belgique, les musulmanes représentent une des catégories de personnes les plus discriminées sur le marché de l’emploi (Ouali & Ceniccola, 2012).
Face à ces constats, nous nous sommes interrogés sur le sentiment de reconnaissance sociale des descendantes de l’immigration et sur les conséquences en termes de rôles de genre (conservateurs versus égalitaires). Sur le modèle des travaux de Brancombe (1999) sur les effets néfastes de la discrimination pour les relations intergroupes, nous avons émis l’hypothèse que la discrimination perçue constituait un frein important aussi à l’adhésion à des rôles de genre égalitaires.
Nous avons réalisé une enquête auprès de 136 personnes issues de l’immigration marocaine (dont 66 femmes). Des analyses de régression permettent de faire plusieurs constats : les filles adhèrent plus que les garçons à des rôles de genre égalitaires. Plusieurs facteurs influencent favorablement cette adhésion à des normes d’égalité : l’identification au pays d’accueil mais aussi l’identification au groupe ethnique et la socialisation ethnique. Ces facteurs semblent jouer un rôle protecteur par rapport à des attitudes conservatrices. Au contraire, la perception de la discrimination est négativement corrélée avec l’adhésion à des valeurs égalitaires. Face à ce constat de « déni » de reconnaissance (Honneth, 1992), il semble donc que les attitudes de repli identitaire et l’adhésion à des normes culturelles traditionnelles genrées constituent une option pour certaines descendantes d’immigrés.
Nous discuterons ces résultats en regard des politiques structurelles développées en Belgique francophone à l’égard des immigré-e-s et plus spécialement à l’égard des femmes. En effet, les politiques d’intégration peu axées sur la reconnaissance de la diversité se combinent à peu de reconnaissance sociale des femmes (en général et immigrées en particulier) dans l’espace politique. Nous présenterons les décrets relatifs à la participation équilibrée des femmes et des hommes dans les organes décisionnels sur le plan politique ainsi que les limites de ces décrets dans la mise en œuvre et particulièrement dans une perspective intersectionnelle, leur non prise en compte de la situation des descendantes de l’immigration.
Le cœur même du projet féministe réside dans la vision de justice sociale dont il est porteur. Ce colloque est l’occasion de revisiter l’égalité, l’équité et la parité, trois termes utilisés pour désigner cette revendication fondamentale. La réflexion est ouverte à l’ensemble des disciplines ainsi qu’aux personnes engagées dans une action concrète. Nous visons une réflexion théorique et conceptuelle, la production d’un état des lieux dans différents domaines et une mise en commun des stratégies.
Plusieurs sous-thématiques pouvaient être explorées sous cette bannière : modèles, concepts et définitions; évolution historique des concepts et des revendications; équité salariale et égalité professionnelle; rapports sociaux inégalitaires; parité en politique; représentation des femmes dans les instances (financières ou stratégiques); parité culturelle (cinéma, littérature, théâtre, etc.); l’école et l’université comme lieux d’(in)égalité; articulation de la parité hommes-femmes à d’autres revendications de justice sociale (formulées par les personnes racisées, LGBTQ, etc.) et à la pensée intersectionnelle; (in)égalités et (in)équités dans les rapports privés; reconnaissance, visibilité et légitimité de la présence des femmes dans tous les domaines; stratégies et moyens d’action; barrières et résistances; et études de cas.
Les communications composant ce colloque s’articulent en divers lieux : dans la recherche, l’enseignement, les politiques publiques; la gouvernance, les médias, la ville, le territoire; les milieux de travail et d’implication militante.
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