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Jolaine Lessard : Collège Bourget
S’inspirant du concept de la classe inversée, deux enseignantes d’un collège privé desservant plus de mille élèves du secteur secondaire ont conçu une version entièrement numérique et interactive des cours d’éducation à la sexualité qui seront au programme de l’école québécoise à compter de septembre 2017. Fortes de l’expérience de l’une comme sexologue et de l’autre comme spécialiste en arts médiatiques, elles ont inclus dans chaque cours non seulement des textes écrits, mais des fichiers, des hyperliens, des images et des questions interactives, des sources de même qu’une capsule vidéo récapitulative. Les cours, mis en ligne via la plate-forme iTunesU, se déclinent en un livre numérique pour chaque cycle, accessible dans sa totalité dès la rentrée scolaire, via la tablette électronique dont dispose chaque élève de l’établissement. Cette formule, qui respecte à la fois les phases du développement psychosexuel des adolescents de même que le rythme d’apprentissage de chacun, se veut la réponse aux besoins d’information, mais aussi d’anonymat et d’intimité caractéristiques des apprenants de cet âge pour toutes les questions concernant la sexualité. Dans une perspective plus large, les contenus ont été conçus de manière à dénoncer systématiquement la construction genrée de la société québécoise, fondée sur des modèles sexistes, stéréotypés et intériorisés, à leur insu, par trop d’adolescents.
La hiérarchisation des questions sensibles et des priorités sociales du gouvernement du Québec pousse à regarder au sommet du monde de l’éducation, un monde de lucides et de solidaires. L’enjeu de conjuguer les éducations sexuelle et interculturelle y apparaît d’autant plus clairement que le sentiment de sécurité s’avère plus que jamais menacé chez les jeunes (filles et jeunes racisé(e)s). Cette conjugaison éducative appelle des réponses globales et concertées, intersectionnelles et intersectiorielles. La mixité de ces savoirs inter-milieux impose de rassembler les professionnels de l’intervention et de la recherche. Il en va d’une philosophie commune de l’éducation pouvant s’adapter à divers milieux ostracisant parfois des jeunes qu’ils souhaiteraient néanmoins aider. Les discours dominants adulto-centrés feront alors l’objet d’une réflexion critique portée notamment sur la performance et l’effort scolaires demandés aux jeunes vulnérabilisé(e)s. Nous contribuerons à les repenser de manières moins compétitives et discriminantes, moins violentes et doloristes, par-delà les idéaux et discours sociaux de performance, d’accomplissement et de dépassement de soi. Plutôt que de déplorer le manque ou la perte du goût de l’effort chez les jeunes, nous proposerons de détourner notre regard de sommets inatteignables que nous nous fixons. En reprenant la mesure de ce qui est réalisable avec et auprès des jeunes, en contribuant à la réflexion critique mise au service du développement de l’éducation antiraciste et antisexiste, nous verrons comment créer des rapports plus intelligents (à l’ère des TIC) et plus respectueux entre nous : entre gars et filles, entre jeunes de la majorité sociale et jeunes issu(e)s de communautés racisées. Nous donnerons ainsi à voir autrement les sommets de priorités éducatives gouvernementales actuelles : sensibiliser et agir, détecter et prévenir pour mieux vivre ensemble demain et déjà aujourd’hui.