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Maryse Potvin : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis les années 1970, le Québec a développé un discours normatif inclusif sur la diversité, qui a connu plusieurs variations terminologiques. Dans le passage sociologique des francophones au statut de groupe majoritaire, le Québec va développer une conception officielle de «convergence culturelle», qui va ensuite devenir l’approche du «contrat moral» pour tendre, au début des années 2000, vers un «contrat civique commun» qui n’a jamais abouti. Dans les années 2000, le virage discursif privilégie la diversité, l’inclusion et l’équité, mais occulte le racisme, qui avait fait l’objet de la consultation de 2006, et le rapport Bouchard-Taylor. Ces changements terminologiques se sont aussi fait sentir dans la construction discursive en éducation, dans les débats scientifiques entre les tenants des courants interculturel, critique/antiraciste, civique et inclusif. Cette conférence mettra en perspective la préséance de certains paradigmes d’une décennie à l’autre dans ce discours normatif, en lien avec le contexte sociopolitique national et international et les rapports de pouvoirs à chaque époque, et en resituant des éléments de débats internes à ces courants en éducation. Elle essaiera de montrer comment la terminologie du discours dominant/institutionnalisé devient de moins en moins critique et s’érige en «norme» discursive d’apparence légitime et neutre en évacuant notamment les voix minoritaires et les questions controversées, comme le racisme et la discrimination systémique.
La « pluralité des normes » (Robbes, 2011) et des intérêts sociaux des acteurs et usagers de l’éducation pousse les systèmes éducatifs à un impératif de renouvellement de leurs curricula, des approches et pratiques éducatives censées les actualiser (Levasseur, 2015). En parallèle, les médias déclarent que l’autorité de l’école et des enseignants est en crise et qu’il faut agir pour la renforcer. Les jeunes, plus particulièrement ceux issus des groupes minorisés (Brent, 2015), seraient assujettis à un dispositif de contrôle social, issu d’une perception de certains adultes qu’ils sont incontrôlables et représentent une menace pour l’ordre (Brisman, 2012), un problème à régler. La résistance de certains jeunes alimenterait les appels à un renforcement de l’autorité physique et morale de l’école sur eux, la revalorisation des valeurs « traditionnelles » et l’accroissement du rôle « parental » de l’État par ses institutions, notamment scolaires et juridiques (Hirschfield, 2008). Enfin, les modalités d’exercice de l’autorité de l’État, comme les compressions budgétaires, la gestion axée sur les résultats et l’imposition de doctrine pédagogique ou didactique, agiraient comme leviers d’autorité (Maguire, 2010), réduisant les horizons d’action possibles des enseignants et les éloignant de leurs buts et des moyens pour les atteindre, notamment en ce qui concerne la prise en compte de la diversité. Pourtant, les textes normatifs de l’école donnent l’apparence qu’elle accueille la diversité, s’ouvre à la pluralité des visions du monde et vise la formation de citoyens engagés dans des sociétés démocratiques et justes. Devant ce paradoxe, ce colloque vise à examiner : 1) sur quels normes et pouvoirs repose ou devrait reposer l’autorité de l’école et de ses acteurs; 2) quelles sont les modalités d’exercice des différents types d’autorité à l’égard des élèves comme des enseignants; et 3) comment les acteurs de l’école tiennent compte de la diversité dans l’exercice de leur autorité.
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