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« L’Enfant d’octobre » de Philippe Besson (2006) : droits et devoirs d’un roman de non-fiction

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Mathilde Barraband : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

Comme l’ont noté récemment plusieurs observateurs, de M. Simonet à A. Tricoire, la jurisprudence française semble contradictoire en ce qui concerne le droit des écrivains à représenter des personnes réelles. Au cours de la dernière décennie, des auteurs assignés pour diffamation ou atteinte à la vie privée ont en effet connu des sorts distincts pour des affaires apparemment similaires. Plusieurs acteurs qui ont contribué très directement à l’élaboration de cette jurisprudence ont toutefois livré des indications pour en éclairer la logique. A.-M. Sauteraud, coprésidente pendant douze ans de la 17e chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, et Christophe Bigot, avocat spécialisé et conseil auprès des éditeurs, soulignent respectivement la nécessité d’une « distanciation » dans la représentation littéraire et celle de la « non-reconnaissabilité » des acteurs. À leur suite, la chercheure A. Arzoumanov a aussi montré l’importance attachée par les juges à la notion d’« identification » et notamment à l’usage fictionnel des noms propres. Je propose de revenir sur cette réception judiciaire d’œuvres qui « littérarise » des personnes réelles, à partir d’un cas spécifique, celui du procès intenté à L’enfant d’octobre (Grasset, 2006) de Philippe Besson. Ce « roman de non-fiction », qui s’inspire du meurtre du jeune Grégory Villemin en 1984 et met notamment en scène sa mère, a été attaqué en justice par les parents, qui s’estimaient les victimes d’un « exercice littéraire » les rabaissant au rang de « marionnettes ». En plus d’éclairer les critères retenus par les juges, je voudrais mettre en lumière la théorie de la fiction qui oriente implicitement leurs décisions.

Résumé du colloque

Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écri­vain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 8 mai 2017

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