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Alexandra Malenfant-Veilleux
Est-il légitime qu’un État prétende à la neutralité tout en faisant, à l’école, la promotion des valeurs démocratiques libérales et l’éducation au pluralisme (éducation qui s’incarne, au Québec, dans le programme Éthique et culture religieuse)? L’idéal démocratique libéral ne participe-t-il pas lui-même d’une doctrine morale compréhensive, celle de la démocratie libérale?
Dans le cadre de cette présentation, je vais tenter de montrer qu’il est non seulement possible, mais qu’il m’apparaît nécessaire que l’éducation au pluralisme, de même que les programmes d’étude qui la commandent, s’appuient sur les principes du libéralisme politique (Rawls, 1993; Nussbaum, 2011), et non sur une forme plus ou moins modérée de libéralisme compréhensif (Levinson, 1999). En d’autres termes, je vais défendre qu’appuyé explicitement sur les principes du libéralisme politique, le programme d’Éthique et culture religieuse serait peut-être plus susceptible de susciter le consensus (voire d’éviter les contestations juridiques) que s’il est fondé sur une forme quelconque de libéralisme compréhensif.
Pour ce faire, (1) je vais brièvement expliquer, en m’appuyant notamment sur Leroux (2016) et Nussbaum (1997, 2010), pourquoi l’éducation au pluralisme est de nos jours indispensable; (2) suivant Rawls (1993) et Nussbaum (2011), je vais défendre le libéralisme politique à l’encontre du libéralisme compréhensif modéré de Levinson (1999); (3) je vais suggérer quelques idées en vue de préciser le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) quant à cette question.
Le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) soulève nombre de débats depuis son implantation obligatoire dans toutes les écoles québécoises en 2008. Le programme a aussi été contesté devant les tribunaux. La Cour suprême du Canada a rendu un jugement en 2015 qui permet à une école secondaire privée d’adopter le programme ECR selon un point de vue catholique. Les défenseurs de ce programme regrettent ce jugement qui trahit son esprit non confessionnel, alors que ses opposants ont considéré qu’il confirmait l’idée que ce programme est un prolongement de l’enseignement religieux confessionnel d’autrefois. De plus, les signataires d’une pétition qui circule dans les médias sociaux en ce moment demandent que le programme ECR soit retiré du curriculum du primaire.
Depuis 2008, plusieurs études menées au Québec sur l’enseignement de l’ECR permettent de dresser un portrait des pratiques des enseignants et des défis qu’ils rencontrent dans leur travail quotidien. Les chercheurs ont entre autres mis en évidence un certain nombre de faiblesses liées à ce cours : l’insuffisance de la formation des enseignants du primaire, le manque de connaissance sur la vie communautaire des minorités religieuses du Québec, la difficulté de traiter de thèmes sensibles, les carences dans plusieurs manuels scolaires, l’inconfort d’aborder un point de vue religieux sur des questions d’éthique, les règles déontologiques inscrites dans le programme, etc. Néanmoins, les chercheurs ont aussi montré que le programme ECR répond aux attentes d’une société qui se distingue par la reconnaissance de sa diversité.
Ce colloque se veut une occasion d’aborder, à partir d’études scientifiques et de réflexions critiques, les impasses et l’avenir du programme ECR.
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