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L’immigration des communautés hassidiques à Montréal durant l’après-guerre : un phénomène de continuité historique

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Simon-Pierre Lacasse : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Le fait que la littérature scientifique ait placé l’emphase sur les aspects séculiers des communautés juives qui s’installent à Montréal, dont la plus grande vague d'immigration se situe durant la première décennie du XXe siècle et jusqu'à la Première Guerre mondiale -- notamment leur implication dans les milieux ouvriers et leur intégration dans le milieu anglophone de la province -- laisse en plan l’espace qu’occupe les ultraorthodoxes au sein de cette communauté. L’un des corolaires de ce cadre conceptuel est de refouler la présence hassidique à un phénomène exclusivement d’après-guerre, en rupture complète avec le parcours de la communauté juive précédemment installée. D’ailleurs cette perception est amplifiée par un biais répandu selon lequel les communautés hassidiques vivent en marge non seulement de la société dans son ensemble, mais aussi de leurs coreligionnaires non hassidiques. Or ce postulat doit être nuancé dans le temps. Cette communication, basée sur des recherches qui menèrent à la publication d’une thèse de maitrise, propose d’observer les zones de contact entre rescapés hassidiques et Juifs montréalais de tendance non hassidique. Il s’agit de comprendre comment le processus d’implantation des hassidiques à Montréal a dépendu au tournant des années 1950 et jusqu’aux années 1960 du soutien moral et matériel de la grande communauté juive. Malgré l’antinomie des opinions face aux moyens à prendre pour intégrer la société québécoise -- les hassidiques visant d’abord à reconstruire leurs communautés décimées sur un modèle traditionnel alors que la plus grande communauté juive avait intégré la communauté anglophone de Montréal grâce à l’éducation supérieure et séculière -- il s’observe parmi les Juifs dès lors anglicisés une perception révérencieuse face au hassidisme. Lorsque la langue yiddish et l’éducation juive traditionnelle sont menacés de disparaitre dans la métropole peuplée surtout d’immigrants juifs de deuxième et troisième générations, les hassidiques sont perçus comme pouvant maintenir ces vecteurs essentiels de l’identité juive traditionnelle est européenne. Ce sentiment est d’autant plus affirmé que le terreau traditionnel des Juifs ashkénazes -- d’Europe centrale et orientale -- a été annihilé lors de l’Holocauste. C’est dire qu’il est essentiel de comprendre le rapport entre hassidiques et non hassidiques pour obtenir une vue d’ensemble de la minorité juive durant l'après-guerre. On peut ainsi mieux saisir le fait que le mouvement hassidique s’inscrit dans une continuité historique à l’échelle du judaïsme montréalais.

Résumé du colloque

Les communautés hassidiques forment à Montréal une population de près de 10 000 personnes. Alors que l’histoire et la sociologie des Juifs montréalais sont en général bien connues, on sait assez peu de choses des communautés ultraorthodoxes de tradition hassidique qui se sont installées depuis près d’un demi-siècle dans l’axe de l’avenue du Parc. Cela tient en grande partie à ce que ces populations sont restées relativement à l’écart de leurs coreligionnaires et qu’elles ne cherchent pas non plus à entrer en contact avec les autres résidents des quartiers où elles sont implantées. Or, il appert que les Juifs hassidiques représentent une nouvelle forme d’intégration à la société montréalaise-québécoise qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des deux dernières décennies et qui est basée sur une pratique religieuse non chrétienne fondamentaliste. Les Juifs hassidiques adoptent en général les pratiques économiques, politiques et sociales de leur société d’appartenance, mais refusent de s’acclimater à la culture ambiante ou aux comportements culturels dominants chez leurs voisins. Ces choix tendent à définir d’une manière assez différente la frontière entre le groupe hassidique lui-même et l’ensemble de la société montréalaise. Les organisateurs de ce colloque sont particulièrement intéressés à étudier la question des écoles primaires et secondaires qui sont administrées par ces communautés et qui constituent un enjeu pédagogique très discuté présentement.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
Discutant-e- de la session : Ira ROBINSON
section icon Date : 8 mai 2017

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