Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Pierre-Olivier Bouchard : Memorial University of Newfoundland
Le texte de Bernard Courteau Nelligan n’était pas fou pose la question des limites de la liberté de l’écrivain représentant un individu réel. Ce récit va en effet à l’encontre d’une majorité de faits avérés, en affirmant que Nelligan se serait volontairement laissé interner. Présenté par l’auteur et son éditeur comme un ouvrage sérieux, ce texte n’a pas manqué de faire fortement réagir les spécialistes du poète et de son œuvre, à commencer par Paul Wycsynski. Qualifiant l’ouvrage de « rocambolesque », « ajoutant allègrement aux légendes d’autrefois des légendes d’aujourd’hui », le biographe a vivement dénoncé la thèse « témérairement inventée[1] » par Courteau, en affirmant notamment que le texte risquait d’induire en erreur des lecteurs naïfs ou peu informés.
En revenant sur la polémique suscitée par l’ouvrage de Courteau, cette communication montrera que le cadre éthique de la biographie fictive s’établit en partie sur la base du contexte culturel et historique propre à chaque espace national. Justifiée ou non, la vive réaction de Wycsynski, et plus tard de Réjean Robidoux, apparait ainsi comme le symptôme d’un certain état de la mémoire au Québec, qui semble ressentie comme fragile et incertaine. Cette réaction traduit également la situation de l’histoire littéraire québécoise qui, au moment de la parution du texte de Courteau, constituait toujours un discours en cours de construction. C’est dans un tel contexte que Nelligan n’était pas fou a pu être perçu par les spécialistes comme une menace et une atteinte à la mémoire du poète.
[1] Paul Wycsynski, Nelligan, biographie, Montréal, Fides, 1987, p. 12-13.
Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écrivain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.
Titre du colloque :
Thème du colloque :