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Isabel Heck : CRISES/UQAM et Projet impact collectif
Initié en 2007, le projet Parole d’excluEs, une initiative montréalaise de lutte contre la pauvreté et l’exclusion par la mobilisation citoyenne et le logement social, devait se terminer en 2012. Au tout début de l’expérience, un des objectifs poursuivis par les idéateurs était de ne faire anecdote. Donc, d’être en mesure de démontrer qu’en combinant les énergies d’un noyau de bénévoles, d’un petit nombre d’organisations collaboratrices, qu’en s’appuyant sur la parole citoyenne, qu’en mobilisant des chercheurs universitaires et des ressources institutionnelles, il serait possible d’influencer le système. Qu’en est-il vraiment ?
L’objectif de la présentation est d’apporter des éléments de réponse à cette question. Nous le ferons de trois façons. Dans un premier temps, nous situerons les éléments clés de cette initiative, i.e., les composantes de l’initiative qui représentent des apports novateurs. Dans un deuxième temps, nous étudierons l’impact de ces novations en tenant compte de la question des changements d’échelle. Ceci nous permettra d’identifier des capacités et des incapacités transformationnelles. Troisièmement, nous analyserons les choix stratégiques qui se présentent pour que Parole d’excluEs puisse exercer une influence réelle sur le système. Ceci nous permettra de compléter les apports des théories de la transformation sociétale (Schumpeter ; DiMaggio et Powell ; Moulaert) et de proposer des éléments pour une nouvelle synthèse théorique.
La période contemporaine est marquée par des enjeux qui fragilisent l’articulation entre l’économie et la société, la cohésion sociale et l’intérêt général. Pour y répondre, une nouvelle grappe d’innovations sociales est attendue sur divers fronts : stratégies innovantes de développement local et régional en contexte de mondialisation; adoption d’objectifs de développement durable; lutte contre les inégalités et nouvelles solidarités internationales. On appelle à un nouvel entrepreneuriat (privé, public, social, collectif) et à de l’innovation sociale pour aider à résoudre à grande échelle ces enjeux de société et assurer l’avenir de la planète. En même temps, on assiste à un foisonnement d’initiatives qui insufflent des valeurs de démocratie et de solidarité dans les modèles de production, de consommation, de développement territorial, d’organisation du travail et de provision de services collectifs (par exemple, agriculture urbaine ou soutenue par la communauté, transport collectif, énergies renouvelables, espaces partagés de travail, transition énergétique, etc.). De telles initiatives émergent typiquement à l’échelle locale et peinent à — ou ne souhaitent pas — changer d’échelle ou s’institutionnaliser. À long terme, certaines innovations sont durables dans le temps (par exemple, propriété des moyens de production par les salariés à Mondragon ou propriété publique de la vodka Absolut en Suède). Mais on assiste aussi à des démutualisations, à une diminution de l’emploi salarié à temps plein, à l’abolition d’organismes de développement territorial et d’instances de concertation, etc. Ce qui montre le caractère réversible des innovations sociales. Enfin, plusieurs innovations ont pu mener à de réelles transformations sociales durables dans le temps (comme les mesures favorisant la conciliation famille-travail) ou à se régénérer avec l’évolution du contexte (par exemple, depuis 2005, on a créé davantage de sociétés d’État qu’on en a privatisées).
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