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Christian LAVAL : Université Paris Nanterre
Les transformations de l’université ne font plus guère de doute quant à leur impact, à leur échelle et à leur logique. Elles sont à la fois profondes, mondiales et néolibérales. Sans doute se produisent-elles à des rythmes différents et selon des modalités diverses, en fonction de l’histoire institutionnelle et des contextes locaux et nationaux. Mais la tendance devient de plus en plus claire : c’est un nouveau modèle de l’université qui est en train de s’imposer par le moyen de réformes parées d’argumentaires spécieux.
Il importe de saisir la logique de cette mutation d’ensemble. La critique jusqu’à présent a montré que les politiques néolibérales consistaient à faire entrer dans l’université la rationalité capitaliste. Il faut maintenant aller au-delà de cette critique. Avec ces réformes, il ne s’agit pas seulement de faire de l’université une imitation de l’entreprise, un centre de profit ou une annexe du marché du travail. Les politiques universitaires dominantes visent à intégrer pleinement l’université dans le capitalisme contemporain au prétexte que celui-ci serait devenu essentiellement « cognitif ». Cette stratégie dite de « l’économie de la connaissance » modifie en profondeur la conception de la connaissance et peut conduire à une subversion radicale du sens de l’enseignement et de la recherche. Par là, se profile la nouvelle université capitaliste.
Le thème porte sur les transformations actuelles des universités, selon trois plans : systémique, institutionnel, conditions de travail.
Tout d’abord, nous observons des transformations majeures sur le plan systémique, ce qui inclut dans le cas du Québec les politiques provinciale et fédérale. Sur ce point, il semble qu’une préoccupation plus grande pour la reddition de compte (nouvelle gestion publique) et la croissance dans l’économie du savoir amène des transformations tant en ce qui concerne le pilotage des systèmes universitaires (prenons la réflexion actuelle sur le conseil des universités) que sur le plan du financement externe de la recherche et de l’enseignement universitaire (certains pays cessent de financer certains domaines disciplinaires). Dans plusieurs endroits, les subventions de fonctionnement (avec ou sans restriction) stagnent alors que le financement compétitif et les partenariats avec les entreprises croissent.
Ces transformations systémiques tendent à engendrer des transformations institutionnelles. Les leaders universitaires s’adaptent à de nouvelles réalités financières. Par exemple, certains se demandent s’il est toujours raisonnable d’embaucher un professeur à temps plein lorsque le financement se fait de façon temporaire.
Ces transformations systémiques et institutionnelles amènent bien entendu des transformations sur le plan des conditions de travail des professeurs, des chercheurs, des chargés de cours et des étudiants. Il n’est plus rare de voir des chercheurs possédant un diplôme qui survivent dans le milieu universitaire en accumulant des contrats de recherche sans jamais obtenir un poste permanent. C’est ce qui est désormais appelé la précarisation du travail universitaire. Une réalité déjà bien connue depuis l’essor important des chargés de cours, mais qui se généralise désormais en recherche.
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