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David Myles : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Cette présentation vise à explorer la notion de script pour étudier les intimités contemporaines médiatisées et, notamment, les usages d’applications mobiles de rencontre chez les personnes aux identités fluides (Haimson et Hoffmann, 2016). Dans les approches sociotechniques de la communication, la notion de script renvoie à la résultante des processus de représentation et de prédiction de la réalité sociale que les concepteurs inscrivent à même les technologies venant normaliser la relation usager-dispositif (Akrich, 1992). Dans l’étude sociale de la sexualité, la notion de script (ou scénario) sociosexuel renvoie plutôt aux séquences de comportements, d’affects et de cognitions qui définissent et promeuvent des formes de sexualités et d’identités de genre socialement acceptables (Gagnon et Simon, 1973). Les théories queer (Hall, 2002; Ahmed, 2006), qui s’opposent à la reproduction de (hétéro/homo)normativités et revendiquent le caractère non binaire des identités sexuelles et de genre, permettraient de déconstruire les scripts sociosexuels dominants. Ainsi, l’usage de la notion de script permet de rapprocher les études queer et communicationnelles afin de comprendre comment certaines des fonctions d’applications mobiles de rencontre « participent à l’émergence de nouvelles formes de relations sexuelles, de distributions de l’intimité et d’arrangements sexuels » (Race, 2015 : 496). Ce rapprochement conceptuel apparaît crucial afin de répondre aux recherches sur les applications mobiles de rencontre gaies qui se sont jusqu’à présent concentrées sur les risques de santé associés aux pratiques sexuelles anonymes d’hommes homosexuels cisgenres (Holloway et al., 2014; Winetrobe et al., 2014), alors que les usagers possédant des identités fluides demeurent sous-représentés.
Ce colloque explore l’« intimité » sous l’angle des études féministes, des études queer et des études culturelles. L’intimité désigne ici des connexions « qui comptent » (Berlant, 2000), incluant par exemple des relations éphémères ou contractuelles. Les présentations porteront sur les sexualités, les identités et les relations non normatives ainsi que sur les réalités actuelles des formes d’intimité plus traditionnelles du couple et de la famille. Ces études s’intéresseront également au numérique, un vecteur de changement important dans la manière dont l’intimité se conçoit, que ce soit à travers les technologies mobiles, la possibilité de communautés virtuelles ou l’expression d’une citoyenneté « intime ». Nous avons retenu des contributions à propos des changements contemporains autour de l’intimité qui développeront un point de vue théorique sur des réalités vécues (notions de script, d’engagement, d’orientation queer) qui en aborderont les performances et les représentations (sur YouTube, à la télévision) et qui se pencheront sur le rapport entre les technologies numériques et le pouvoir (cyberféminisme, porno revancharde). Le colloque sera l’occasion de partager des savoirs et de mettre en commun des expertises complémentaires sur ces enjeux contemporains et en constante évolution. La réunion de chercheurs de différentes générations et d’horizons variés permettra de générer un dialogue fructueux à partir de diverses approches théoriques et méthodologiques ainsi que de développer de nouveaux thèmes partagés au sein de ce champ d’étude.
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