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Bastien Pereira Besteiro : Centre Max Weber (UMR 5283)
Le paysage associatif français connait aujourd’hui d’importantes transformations. L’une d’entre elles a trait au mode de financement des associations : alors qu’auparavant, les pouvoirs publics faisaient souvent appel à celles-ci pour appliquer certaines politiques, finançant ainsi en grande partie leurs activités, l’État se retire aujourd’hui du secteur, sans pour autant que cette réduction des subventions soit compensée par les collectivités locales. En parallèle, le changement de nature des financements publics et l’ouverture de certaines activités au secteur marchand obligent les associations à adopter la « logique du marché ». Les champs de la culture, de la jeunesse des sports et des loisirs, déjà marqués par une forme d’hybridation du fait des conventions les liant aux pouvoirs publics, font aujourd’hui l’objet d’un fort isomorphisme caractérisé par la pression de collectivités locales converties au « Nouveau Management Public ». Pour autant, cette hybridation s’analyse difficilement à partir du seul discours institutionnel des associations, s’appuyant encore sur les valeurs militantes de l’éducation populaire. Cette communication évaluera alors la pertinence de l’analyse de l’activité des cadres de ces organisations pour révéler les tensions inhérentes à l’hybridation de ces dernières.
Ce colloque propose d’explorer les organisations dites hybrides à partir d’une perspective communicationnelle. De manière générale, les organisations hybrides sont définies comme des assemblages hétérogènes, caractérisés par une pluralité d’idéaux types, de cultures, de mécanismes de coordination, de rationalités ou de logiques d’action (Brandsen et Karré, 2011; Karré, 2011). Ces organisations sont bien souvent localisées à la frontière des trois secteurs propres à la société, à savoir les secteurs public, privé et civil. Cette rencontre intersectorielle produit un certain nombre de tensions; de fait, la combinaison de valeurs contradictoires peut générer paradoxes et conflits difficiles à manœuvrer (Ciesielska, 2010).
Pour une bonne part, la recherche sur les organisations hybrides a cherché à résoudre ces tensions, tendant à aborder cette résolution en termes binaires, soit comme un choix entre des pôles opposés. Par exemple, dans le cas des OBNL, le choix s’opère entre la logique de marché et la mission non lucrative de l’organisation (Sanders, 2015). Ce raisonnement, basé sur un mécanisme de sélection, conduit souvent à la promotion d’une des logiques au détriment de l’autre (Putnam et al., 2016). Au contraire, dans ce colloque, nous proposons d’explorer les tensions qui émergent du croisement des logiques des secteurs publics, privés et civils comme étant constitutives des organisations hybrides. En ce sens, nous ne cherchons pas à les résoudre, mais plutôt à en rendre compte afin d’explorer la nature paradoxale des organisations hybrides (Hardy, 1991 ; Hardy et al., 2003, 2014 ; Trethewey et Ashcraft, 2004). Cela permet in fine de comprendre comment les acteurs organisationnels vivent, conçoivent et manœuvrent à travers ces tensions dans leurs pratiques quotidiennes.
L’objectif de ce colloque est donc d’explorer la contribution d’une approche constitutive des tensions, ancrée dans une analyse de la communication, pour la compréhension de l’hybridation des organisations. Pour ce faire, nous explorerons trois axes : 1) terminologie, définitions et acceptions de « l’hybridation organisationnelle »; 2) apports des approches communicationnelles pour l’étude de l’hybridation organisationnelle; et 3) approches, outils et stratégies méthodologiques pour étudier les organisations hybrides.
Outre ses apports en matière d’avancement des connaissances, cette approche a de claires implications pratiques qui permettent d’outiller les praticiens à reconnaître et à « saisir » les tensions émergeant de ces contextes, et à les concevoir comme étant productrices. C’est pourquoi nous voulons créer un espace de réflexion et de discussions entre les praticiens et les chercheurs, où nous souhaitons privilégier des analyses de cas d’organisations hybrides.
Titre du colloque :