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Thomas Duchaine : Université McGill
Les voies ARNi initiées par l'ARN double brin ont récemment émergé comme des acteurs majeurs dans les processus oncogéniques allant de la tumorigenèse, à l'angiogenèse, à la progression de la tumeur et à une résistance au traitement. Ces mécanismes de régulation des gènes, tels ceux gouvernés par les microARNs, sont si importants qu'ils sont souvent modifiés, amplifiés, ou supprimés sous les pressions sélectives qui prévalent au sein des tumeurs.
Nos résultats indiquent que la biogenèse du polycistron de microARNs miR-17-92, un locus proto-oncogénique, est profondément altérée lors de son amplification dans des lymphomes et dans certains sous-types de cancer de poumon. Un examen approfondi des évènements qui gouvernent sa maturation révèle que l’accumulation de son transcrit primaire et d’autres intermédiaires immatures provoque une saturation du complexe Microprocesseur (Drosha/DGCR8 et co-facteurs). À son tour, cette saturation résulte en l’inhibition de la biogenèse et de la fonction de microARNs suppresseurs de tumeur.
Nos travaux illustrent l’importance des défauts de biogenèse des microARNs dans la réorganisation des réseaux de régulation des gènes dans le cancer.
La recherche sur l’ARN représente un des axes de recherche les plus excitants et les plus prometteurs en sciences de la santé, qui permet au Québec de se distinguer tant sur le plan national qu’international. L’ARN soutient toutes les fonctions cellulaires en agissant à la fois comme relayeur de l’information génétique, régulateur clé d’une myriade de fonctions cellulaires et biocatalyseur. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs maladies soient causées par une dérégulation de la fonction de certains ARN. Par exemple, la dystrophie myotonique de type 1 est causée par l’agrégation d’un ARNm devenu toxique par l’introduction de répétitions CUG. D’autres maladies, comme le syndrome de l’X fragile, l’autisme ou certains cancers, sont causées par la traduction aberrante d’ARNm. De même, dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA), la présence de répétitions hexanucléotidiques dans un ARNm induit la formation de granules d’ARN toxiques. Ces ARN toxiques peuvent devenir des cibles moléculaires de choix pour le traitement de ces maladies grâce au développement, par exemple, de petits composés organiques qui éliminent les agrégats. De plus, certaines maladies peuvent être prévenues par l’utilisation d’ARN thérapeutiques tels que des ribozymes, ARN antisens, petits ARN interférants et vaccins à ARN. Finalement, des signatures spécifiques d’ARN inscrites dans les cellules pathologiques et les fluides corporels sont considérées comme des biomarqueurs importants pour le diagnostic ou le pronostic de différentes maladies.
L’ARN est également au cœur des plus importantes percées technologiques des dernières années. L’utilisation d’ARN interférants a révolutionné la manière d’élucider la fonction des protéines, alors que la technologie CRISPR/Cas9 qui utilise un ARN guide s’est établie comme la technique la plus performante pour modifier les génomes.
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