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Marta Boni : Université de Montréal
Dans le cadre des études sur la complexité narrative (Mittell 2015) il est question de la prise en compte de la structure des séries télé et de leur forme à partir de l’approche de la poétique historique. Cette approche permet d’étudier les formes et les technologies donnant vie à des expériences complexes, y compris les extensions de type transmédiatique de plus en plus courantes. Toutefois, en raison de son inscription dans une perspective néo-formaliste, cette approche ne permet pas de donner une place à la réception comme force sérielle. Elle n’est pas suffisante, par exemple, si nous voulons expliquer des phénomènes comme les résurrections de séries. Nous proposons de discuter les possibilités d’une étude de la place des appropriations des téléspectateurs et des fans avec la dimension des formes et des technologies, avec une attention particulière pour les espaces en ligne d’internet et des cultures des réseaux, qui ont une influence capitale avant, pendant, et après la production d’une série. À travers l’exemple du phénomène Twin Peaks, il s’agira de considérer le paradigme de la complexité (Morin) afin de donner une place à plusieurs approches, comme le modèle écosystémique (Pescatore et al.), la sociologie du jugement de goût (Hennion, Leveratto), ou la série culturelle (Lefebvre 1997) qui, conjointement à l’analyse de séquences importée des études cinématographiques, nous permettent de rendre compte de l’ « existence » d’une série dans l’espace public.
La production de téléséries et de webséries est particulièrement florissante. Cette prolifération résulte entre autres du développement des chaînes spécialisées comme HBO ou Showcase, puis des sites de lecture continue (streaming) comme Netflix, iTunes, Amazon et le site HBO. Non seulement la production de séries est en forte croissance, mais les nouveaux modes de distribution ont contribué à l’accessibilité accrue et aux nouvelles possibilités de visionnement, et ils ont fourni de nouvelles possibilités d’interaction entre le public et les producteurs des séries, notamment via les réseaux sociaux (Perticoz et Dessinges, 2015). Une telle prolifération témoigne de l’importance de ces produits culturels dans le paysage télévisuel contemporain (Esquenazi, 2009).
De nombreuses disciplines, incluant plus récemment les sciences sociales, prennent les téléséries et webséries pour objet d’étude (Pasquier, 2003). Certaines traditions de recherche traitent ces produits comme des objets d’étude en soi, décodant les représentations et significations véhiculées dans leurs diverses composantes. D’autres traditions centrent leurs analyses autour de la réception de ces produits et de leurs impacts sur la transformation des normes et des conduites. La fonction et les impacts sociaux et culturels des séries, notamment dans la reproduction et la transformation des normes du vivre-ensemble, sont régulièrement mis en question (Combes, 2013). Paradoxalement, alors que certaines perspectives présentent les séries comme des produits de la société et de la culture, d’autres présentent la société et la culture comme des produits des séries. Les méthodes développées pour réaliser ces travaux s’inscrivent dans des traditions scientifiques et des postures épistémologiques variées dont le panorama reste à tracer (Sepulchre, 2011).
Ce colloque vise à réunir des chercheuses et chercheurs qui prennent les téléséries et webséries pour objet autour de deux axes : 1) les approches techniques du traitement d’un matériau audiovisuel selon qu’il porte sur les contenus ou la structure narrative, la mise en scène, l’image, etc.; et 2) les fondements épistémologiques de ces approches, les représentations de l’interaction entre produits audiovisuels et sociétés qu’elles sous-tendent.
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