Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Nicolas Gaille : Université Laval
Écrivain médiatique s’il en est, Dany Laferrière a su pratiquer, au fil de sa carrière, le genre de l’entretien littéraire avec efficacité en adaptant son discours et sa présentation de soi aux différents dispositifs médiatiques – long entretien télévisé de type documentaire (Contact), talk-show (Noir sur blanc, Tout le monde en parle), émission littéraire (La Grande librairie), livres d’entretiens (Conversations avec Dany Laferrière, J’écris comme je vis). Dans cette communication, nous analyserons les modalités de ce « savoir-faire médiatique » à l’aune des tensions inhérentes aux entretiens littéraires : enjeux de légitimation pour l’intervieweur et l’interviewé, insertion de l’œuvre dans une intertextualité, (re)négociation de l’image préalable de l’auteur. Nous verrons ainsi par quels moyens Laferrière est arrivé à se construire une posture d’« érudit agréable », se faisant notamment le passeur de la « grande littérature » dans les médias et occupant de ce fait une position peu investie par les écrivains québécois contemporains.
L’entretien d’écrivain et plus particulièrement du romancier apparaît au 19e siècle, qui voit la montée à la fois du journalisme et du roman comme genre littéraire dominant. Cette convergence sert directement les romanciers qui peuvent désormais investir l’espace médiatique (journaux, revues, enquêtes) pour conférer au roman une légitimité (à travers des réflexions d’ordre esthétique, poétique, épistémologique, social) que les autres genres, déjà bien établis, n'ont pas à défendre dans la même mesure. Au 20e siècle, les liens qui se tissent entre roman et reportage, roman et engagement, roman et actualité, ainsi que le développement de la radio et de la télévision viendront non seulement intensifier la pratique de l’entretien, mais en faire un des lieux premiers de la réflexion des romanciers sur leur œuvre et plus généralement sur le genre romanesque. Les questions auxquelles invite ce colloque touchent à la nature de ces liens, dont elles cherchent à comprendre le fonctionnement et les usages : comment l’entretien s’offre-t-il au romancier comme une forme singulière de réflexion sur sa pratique et sur son œuvre? Que lui permet cette forme que ne lui permettent pas l’essai, les préfaces ou les chroniques? Quel savoir particulier l’entretien ouvre-t-il au critique? Par ailleurs, dans la mesure où, comme l’exposent les travaux de David Martens et de Christophe Meurée, l’entretien d’écrivain tend à devenir au 20e siècle un « genre » littéraire à part entière — surtout lorsque les entretiens sont destinés à la publication livresque et connaissent par le fait même un processus de remaniement, de réécriture et parfois même de mise en fiction —, on peut aussi se demander de quelle façon l’entretien peut être vu comme le prolongement d’une œuvre romanesque.
Titre du colloque :
Thème du colloque :