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Être l’« autre » de l’écriture : autour de la série « Min kamp » du Norvégien Karl Ove Knausgård

KP

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Karine Pietrantonio : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

En 2009, la scène littéraire norvégienne est ébranlée par la parution du premier tome de la série Min kamp (Mon combat en français). Le choc est grand : Karl Ove Knausgård, auteur reconnu dans le monde scandinave franchit la limite implicite d’une pudeur autobiographique que suivait, jusqu’à ce jour, la littérature norvégienne. La mort d’un père, premier tome de la série, jette en effet les bases d’un projet d’écriture qui carbure au dévoilement de soi et de l’autre. Écrit dans un style qui se colle au réel, Min kamp sera au cœur d’un débat national sur le droit que possède la littérature à prendre qui elle veut comme objet de fiction. Dans cette communication, j’explorerai, à partir du « scandale » qui entoure la parution de cette œuvre, le fait d’être l’ « autre » de l’écriture, celui qui est mis en scène sans avoir le contrôle de sa représentation. L’autre, c’est d’abord le père de Knausgård, dont le décès motive la parole du fils. Si l’appropriation de la vie d’un défunt pose des enjeux spécifiques, celle des vivants apporte également son lot de questionnements, comme en témoigne le portrait que l’auteur trace de sa femme, la poète Linda Böstrom. Cette étude des motivations et des conditions du dévoilement d’autrui permettra de réfléchir conjointement les notions d’authenticité autobiographique et de respect de la vie privée.

Résumé du colloque

Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écri­vain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 9 mai 2017

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