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« Laissons les bibliothèques et regardons par la fenêtre » : le romanesque et l’écriture journalistique dans « Les Confidences d’écrivains canadiens-français » d’Adrienne Choquette

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Charlotte Biron : Université Laval

Résumé de la communication

En 1938, Adrienne Choquette rencontre 33 écrivains pour le journal de Trois-Rivières Le Mauricien. La série d’entretiens littéraires met en lumière les aspirations d’un milieu qui cherche par le roman une évolution presque foncière de la littérature. L’ambition romanesque parcourt les réponses des interlocuteurs de Choquette, tandis qu’une autre donnée se généralise en filigrane : les écrivains se consacrent bien moins au roman qu’au journal. À travers cette obsession du roman canadien-français, dans l’ombre du modèle écrasant de Louis Hémon, mais également à travers la pratique omniprésente du journalisme et l’enchâssement de récits dans les entretiens — de fragments narratifs insérés —, la série campe une tension profonde entre la conception d’une écriture romanesque à venir et l’existence concrète d’une pratique journalistique. L’enquête de Choquette existe, à l’instar d’un ensemble d’entretiens parus depuis la fin du XIXe siècle, comme une strate sédimentaire précieuse, petite histoire littéraire des écrivains, mais c’est également le lieu d’un renversement singulier où l’écrivain renonce temporairement à l’écriture au profit du journaliste devant lui. À ce roman en creux et à l’ubiquité du journal s’imprime ainsi le renversement énonciatif définitoire du genre. Hors de ces Confidences, en effet, peu de choses séparent la journaliste de ses « interviouvés ».

Résumé du colloque

L’entretien d’écrivain et plus particulièrement du romancier apparaît au 19e siècle, qui voit la montée à la fois du journalisme et du roman comme genre littéraire dominant. Cette convergence sert directement les romanciers qui peuvent désormais investir l’espace médiatique (journaux, revues, enquêtes) pour conférer au roman une légitimité (à travers des réflexions d’ordre esthétique, poétique, épistémologique, social) que les autres genres, déjà bien établis, n'ont pas à défendre dans la même mesure. Au 20e siècle, les liens qui se tissent entre roman et reportage, roman et engagement, roman et actualité, ainsi que le développement de la radio et de la télévision viendront non seulement intensifier la pratique de l’entretien, mais en faire un des lieux premiers de la réflexion des romanciers sur leur œuvre et plus généralement sur le genre romanesque. Les questions auxquelles invite ce colloque touchent à la nature de ces liens, dont elles cherchent à comprendre le fonctionnement et les usages : comment l’entretien s’offre-t-il au romancier comme une forme singulière de réflexion sur sa pratique et sur son œuvre? Que lui permet cette forme que ne lui permettent pas l’essai, les préfaces ou les chroniques? Quel savoir particulier l’entretien ouvre-t-il au critique? Par ailleurs, dans la mesure où, comme l’exposent les travaux de David Martens et de Christophe Meurée, l’entretien d’écrivain tend à devenir au 20e siècle un « genre » littéraire à part entière — surtout lorsque les entretiens sont destinés à la publication livresque et connaissent par le fait même un processus de remaniement, de réécriture et parfois même de mise en fiction —, on peut aussi se demander de quelle façon l’entretien peut être vu comme le prolongement d’une œuvre romanesque.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 9 mai 2017

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