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Wilfredo Angulo : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication portera sur le cas du Cinéma Beaubien (Rosemont), un projet culturel porté par une coalition d’organisations de la société civile en vue de favoriser la revitalisation d’un quartier qui a été affecté par la crise de la société industrielle des années 1980 et par la dévitalisation des artères commerciales qui s’en est suivi dans les années 1990. Ce cas nous permettra de mieux comprendre l’effet des projets culturels et créatifs sur les quartiers, lesquels sont mis en œuvre par des organisations locales où les organismes communautaires agissent comme des parties prenantes importantes en partenariat avec des acteurs sociaux, des instances publiques et l’entreprise privée. Notre recherche vise à montrer que les projets communautaires ancrés dans le secteur culturel créatif donnent à voir des nouvelles aspirations et font émerger des utopies qui mobilisent les citoyens qui deviennent ainsi des co-acteurs des transformations sociales de leur quartier. Ils s’inscrivent dans un modèle de développement où se conjuguent l’échelle locale et l’échelle métropolitaine et où se croisent la perspective sectorielle (la création) et la perspective territoriale (milieu de vie). Les résultats de cette recherche permettront de comprendre l’effet des projets ancres dans les secteurs créatifs et culturels dans la reconstruction des collectivités locales affectées par la crise de la société industrielle.
La période contemporaine est marquée par des enjeux qui fragilisent l’articulation entre l’économie et la société, la cohésion sociale et l’intérêt général. Pour y répondre, une nouvelle grappe d’innovations sociales est attendue sur divers fronts : stratégies innovantes de développement local et régional en contexte de mondialisation; adoption d’objectifs de développement durable; lutte contre les inégalités et nouvelles solidarités internationales. On appelle à un nouvel entrepreneuriat (privé, public, social, collectif) et à de l’innovation sociale pour aider à résoudre à grande échelle ces enjeux de société et assurer l’avenir de la planète. En même temps, on assiste à un foisonnement d’initiatives qui insufflent des valeurs de démocratie et de solidarité dans les modèles de production, de consommation, de développement territorial, d’organisation du travail et de provision de services collectifs (par exemple, agriculture urbaine ou soutenue par la communauté, transport collectif, énergies renouvelables, espaces partagés de travail, transition énergétique, etc.). De telles initiatives émergent typiquement à l’échelle locale et peinent à — ou ne souhaitent pas — changer d’échelle ou s’institutionnaliser. À long terme, certaines innovations sont durables dans le temps (par exemple, propriété des moyens de production par les salariés à Mondragon ou propriété publique de la vodka Absolut en Suède). Mais on assiste aussi à des démutualisations, à une diminution de l’emploi salarié à temps plein, à l’abolition d’organismes de développement territorial et d’instances de concertation, etc. Ce qui montre le caractère réversible des innovations sociales. Enfin, plusieurs innovations ont pu mener à de réelles transformations sociales durables dans le temps (comme les mesures favorisant la conciliation famille-travail) ou à se régénérer avec l’évolution du contexte (par exemple, depuis 2005, on a créé davantage de sociétés d’État qu’on en a privatisées).
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