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Mathilde Darley : CESDIP, France
Issue du projet de recherche franco-allemand ProsCrim sur le traitement institutionnel de la traite des êtres humains (ANR-13-FRAL-0014-01), cette communication s’appuie d’une part sur des observations réalisées lors de procès pour proxénétisme jugés en correctionnelle et impliquant des étranger-e-s, et d’autre part sur des entretiens conduits avec des magistrat-e-s du siège et du parquet ainsi qu’avec des avocat-e-s de la défense et de la partie civile. Il s’agit notamment de chercher à saisir les opérations de classification et de hiérarchisation, par les professionnel-le-s du droit, des conduites sexuelles des étranger-e-s impliqué-e-s, et les effets de ces opérations sur leur traitement par l’institution judiciaire. L’enquête ethnographique montre en effet que, en marge des éléments qualifiant pénalement le proxénétisme, une large part des débats portent sur l’évaluation sexuelle, genrée et racialisée des étranger-e-s. Les assignations et présupposés qui s'y déploient invitent alors à s’interroger sur la manière dont se combinent, dans l’arène du tribunal, une forme de savoir expert (juridique) et un savoir plus quotidien. Celui-ci, régulièrement énoncé en entretiens par les professionnel-le-s du droit, est également largement mobilisé, hors les murs du Tribunal, par les acteurs associatifs : leur désignation comme « experts » fait d’eux des co-producteurs de l’action publique, contribuant de manière décisive à la production / circulation de « savoirs expérientiels » sexualisés, genrés et racialisés. Cette constellation particulière d’acteurs et les formes de circulation entre leurs arènes respectives éclairent alors, en partie, la difficulté des professionnel-le-s qui disent le droit à s’émanciper des configurations du débat public autour des questions de sexualité/prostitution et de migration. Au-delà de l’infraction particulière de proxénétisme, nous posons ainsi l’hypothèse que le jugement pénal pour exploitation sexuelle impliquant des étrangere-s constitue une arène privilégiée pour analyser en actes la mise en œuvre d’une politique visant conjointement le gouvernement des sexualités et celui des migrations. Dès lors, les observations en salle d’audience peuvent être appréhendées comme un lieu d’analyse à la fois de l'actualisation et de la production d'un savoir genré et racialisé sur les sexualités étrangères, mais aussi de la construction de la sexualité comme vecteur d’altérisation des populations étrangères.
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
Titre du colloque :