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Morad Diani : Arab Center for Research and Policy Studies
A la fin du XIXe siècle, Gabriel Tarde, sociologue et psychologue social que les analyses contemporaines gagneraient indéniablement à endogénéiser (Cf. Latour, 1999), considéra la mimèsis comme le moteur du changement et de l’évolution dans la société. Il détermina les Lois de l’imitation qui traduisent l’idée que la mimèsis, et son corollaire d’innovation, président à tous les phénomènes sociaux collectifs (Tarde, 1890; 1902a; 1902b).
La mimèsis, telle qu’elle ressort de l’œuvre de Tarde, est un processus dynamique intrinsèque qui sert d’explication causale aux paradoxes de la répétition, de la suggestion et de la propagation d’individu à individu, d’individu à groupe ou de groupe à individu. Il s'agit d'un mouvement par lequel se construisent des séries imitatives et se multiplient les possibilités qu’elles se croisent et en inventent de nouvelles. Ces dynamiques de reproduction, de différenciation et de bifurcation seront notre point de jonction avec l’analyse de l’innovation sociale.
Ce papier se propose d’analyser les dynamiques des innovations sociales contemporaines, notamment leurs aspects évolutifs (variation, sélection, rétention). Le modèle théorique proposé sera confronté à nombre d’innovations sociales portées par les nouveaux mouvements de transformation sociale (Indignados, Occupy, Nuit debout…), dans la visée d’y dégager les similitudes, isomorphismes, contingences et irréversibilités qui président à leur diffusion et/ou réplication.
La période contemporaine est marquée par des enjeux qui fragilisent l’articulation entre l’économie et la société, la cohésion sociale et l’intérêt général. Pour y répondre, une nouvelle grappe d’innovations sociales est attendue sur divers fronts : stratégies innovantes de développement local et régional en contexte de mondialisation; adoption d’objectifs de développement durable; lutte contre les inégalités et nouvelles solidarités internationales. On appelle à un nouvel entrepreneuriat (privé, public, social, collectif) et à de l’innovation sociale pour aider à résoudre à grande échelle ces enjeux de société et assurer l’avenir de la planète. En même temps, on assiste à un foisonnement d’initiatives qui insufflent des valeurs de démocratie et de solidarité dans les modèles de production, de consommation, de développement territorial, d’organisation du travail et de provision de services collectifs (par exemple, agriculture urbaine ou soutenue par la communauté, transport collectif, énergies renouvelables, espaces partagés de travail, transition énergétique, etc.). De telles initiatives émergent typiquement à l’échelle locale et peinent à — ou ne souhaitent pas — changer d’échelle ou s’institutionnaliser. À long terme, certaines innovations sont durables dans le temps (par exemple, propriété des moyens de production par les salariés à Mondragon ou propriété publique de la vodka Absolut en Suède). Mais on assiste aussi à des démutualisations, à une diminution de l’emploi salarié à temps plein, à l’abolition d’organismes de développement territorial et d’instances de concertation, etc. Ce qui montre le caractère réversible des innovations sociales. Enfin, plusieurs innovations ont pu mener à de réelles transformations sociales durables dans le temps (comme les mesures favorisant la conciliation famille-travail) ou à se régénérer avec l’évolution du contexte (par exemple, depuis 2005, on a créé davantage de sociétés d’État qu’on en a privatisées).
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