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Camille Arsenault-Hétu : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis quelques années, des préoccupations nouvelles en ce qui a trait à l'alimentation notamment, conduisent à une plus grande prise en compte des espaces locaux à travers l'émergence d'initiatives agricoles alternatives. Nous nous intéressons donc au phénomène de reterritorialisation de l'agriculture à travers le projet d'agriculture communautaire d'Argenteuil qui consiste en l'action collective d'acteurs non-agricoles afin de répondre à un problème social, l'insécurité alimentaire, grâce à l'agriculture. Nous avons cherché à comprendre en quoi ce projet d'agriculture communautaire contribue-t-il à la sécurisation alimentaire d'une partie de la population de la MRC d'Argenteuil ? D'abord, il semble avoir permis l'émergence d'une nouvelle forme de gouvernance agroalimentaire grâce à une coordination et coopération d'acteurs, provenant d'une diversité d'échelles territoriales et de secteurs d'intervention, qui traditionnellement ne travaillent pas ensemble. Ensuite, le projet semble avoir permis d'améliorer significativement l'approvisionnement en légumes frais des banques alimentaires, contribuant ainsi à l'amélioration de la consommation de légumes des bénéficiaires et au renforcement d'un réseau agroalimentaire local. Il semble également avoir contribué à l'empowerment des acteurs en sécurité alimentaire et de la MRC dans l'atteinte de leur mission, mais également d'autres acteurs en développement social sur le territoire tels que des organismes d'insertion sociale.
La période contemporaine est marquée par des enjeux qui fragilisent l’articulation entre l’économie et la société, la cohésion sociale et l’intérêt général. Pour y répondre, une nouvelle grappe d’innovations sociales est attendue sur divers fronts : stratégies innovantes de développement local et régional en contexte de mondialisation; adoption d’objectifs de développement durable; lutte contre les inégalités et nouvelles solidarités internationales. On appelle à un nouvel entrepreneuriat (privé, public, social, collectif) et à de l’innovation sociale pour aider à résoudre à grande échelle ces enjeux de société et assurer l’avenir de la planète. En même temps, on assiste à un foisonnement d’initiatives qui insufflent des valeurs de démocratie et de solidarité dans les modèles de production, de consommation, de développement territorial, d’organisation du travail et de provision de services collectifs (par exemple, agriculture urbaine ou soutenue par la communauté, transport collectif, énergies renouvelables, espaces partagés de travail, transition énergétique, etc.). De telles initiatives émergent typiquement à l’échelle locale et peinent à — ou ne souhaitent pas — changer d’échelle ou s’institutionnaliser. À long terme, certaines innovations sont durables dans le temps (par exemple, propriété des moyens de production par les salariés à Mondragon ou propriété publique de la vodka Absolut en Suède). Mais on assiste aussi à des démutualisations, à une diminution de l’emploi salarié à temps plein, à l’abolition d’organismes de développement territorial et d’instances de concertation, etc. Ce qui montre le caractère réversible des innovations sociales. Enfin, plusieurs innovations ont pu mener à de réelles transformations sociales durables dans le temps (comme les mesures favorisant la conciliation famille-travail) ou à se régénérer avec l’évolution du contexte (par exemple, depuis 2005, on a créé davantage de sociétés d’État qu’on en a privatisées).
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