Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Laura Di Spurio : University of California, Berkeley
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale au moment où la jeunesse devient un enjeu politique et social majeur des sociétés européennes, les sciences humaines et sociales tentent de redéfinir la notion d’adolescence. Le défi épistémologique de ces disciplines sera alors de dissocier la puberté de l’adolescence, la puberté limitant cette phase de la vie à sa seule dimension biologique. Il s’agit alors d’envisager l’adolescence dans une dimension plus « sociale ». Cependant, le corps adolescent demeure au cœur de cette pensée tandis que la sexualité occupe une place toute particulière au sein de ces débats. En effet, au même moment, les amours juvéniles deviennent non seulement un objet d’anxiétés sociales, mais également une représentation courante de la « culture jeune » qui s’impose progressivement. Cette communication propose d’analyser comment ces différents discours et représentations ont influencé la production des savoirs scientifiques. Ces débats permettent par ailleurs de répondre à deux questions essentielles qui ont secoué le monde scientifique francophone européen réuni au sein d’associations scientifiques : d’abord, celle de la bataille rangée entre sociologues, psychologues et médecins dans l’appréhension scientifique de l’adolescence. L’analyse de cette question permet d’interroger comment cette sexualité qui a été au cœur de la pensée de l’adolescence a été redéfinie par ces différentes disciplines. Deuxièmement, on pourra notamment interroger l’influence nord-américaine sur la pensée de l’adolescence en Europe : comment les chercheurs européens ont-ils tenté de s’en éloigner et de proposer leur propre définition de cet âge de la vie. Au cœur de ces questions, la question religieuse, on le verra, occupe une place particulière.
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
Titre du colloque :