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Jean-Michel Landry : Université McGill
Produire un savoir en français exige parfois plus qu’un effort d’écriture et ou de traduction. Car en science comme ailleurs, il ne suffit pas de s’exprimer. Il faut aussi être entendu. Or on sait qu’un savoir ne peut être entendu, saisi et débattu que dans la mesure où certaines bases théoriques ont été établies au préalable. Diffuser dans une langue donnée (le français dans notre cas) des connaissances élaborées dans une autre (l’anglais dans mon cas particulier) nécessite quelquefois d’entreprendre un travail préliminaire visant à poser les bases théoriques indispensables à la bonne compréhension d’un savoir venu d’ailleurs.
Faute d’avoir accompli ce travail préliminaire, nombres d’intervention sur la race (race studies), le genre (gender studies), la condition post-coloniale (post-colonial studies) sont demeurées longtemps inaudibles ou encore mal compris dans le monde francophone. Inversement, plusieurs débats francophones génèrent des malentendus dans l’anglosphère. Afin de poser les conditions d’intelligibilité de mon propre travail de recherche, j’ai entrepris ces dernières années d’introduire le public scientifique francophone à quelques percée théoriques opérés dans le champ des études sur la sécularité (secular studies), lequel demeure encore largement méconnu. Je tire de cet exercice un ensemble de leçons qui me semblent pertinentes en vue de favoriser la production et la diffusion d’un savoir francophone.
Le partage des connaissances acquises est une partie intégrante du travail de tout chercheur, voire une responsabilité. Cette diffusion du savoir passe invariablement par la publication et la participation à des conférences. À cette ère numérique et mondiale, la connaissance de l’anglais, considéré comme la lingua franca du monde universitaire, est plus que jamais nécessaire, mettant fréquemment les chercheurs devant un choix déchirant, soit celui de publier en anglais ou en français.
Si la publication savante en anglais compte des avantages, dont celui de rejoindre un plus vaste lectorat à l’international, elle présente aussi des inconvénients. Elle peut notamment entrer en conflit avec les attentes de l’auditoire universitaire auquel un chercheur appartient ou encore les attentes de son auditoire local, qu’il s’agisse du grand public ou des institutions décisionnelles qui pourraient bénéficier des recherches en question. Ainsi, plusieurs chercheurs résistent à cette hégémonie linguistique, une décision qui vient avec son lot de défis.
Nous proposons une réflexion sur les enjeux que représente l’usage du français dans la communication savante. En mettant en commun les connaissances d’experts d’horizons divers et complémentaires (à travers les disciplines, les degrés d’expérience et les institutions anglophones et francophones), nous permettrons aux chercheurs de mieux mesurer les conséquences de leurs choix linguistiques, mais aussi de réfléchir aux façons d’aborder cette réalité à toutes les étapes de la production du savoir.
Le colloque sera formé d’un panel d’experts suivi d’une table ronde. Dans un premier temps, nous inviterons des chercheurs à se prononcer sur le statut du français dans la diffusion du savoir. Que savons-nous de l’état de la communication savante dans la francophonie? Quelles sont les principales implications de publier en français? Dans un second temps, une table ronde réunira des chercheurs variés, tant émergents qu’établis, de provenances diverses et d’institutions anglophones et francophones, de même que des éditeurs diffusant la recherche en français. En ouvrant un dialogue, ce partage d’expériences permettra de réfléchir aux façons dont la publication en français, à l’ère de l’anglicisation, se traduit dans la pratique.
Ce colloque vise plusieurs objectifs : ouvrir un dialogue critique sur l’état de la diffusion du savoir en français; explorer comment certains facteurs, tels la trajectoire d’un chercheur, le champ d’études et l’institution d’attache influencent la décision d’un chercheur ou d’un éditeur de diffuser le savoir acquis en français; mieux comprendre ce qui est impliqué dans la recherche multilingue en partageant des expériences individuelles et en réfléchissant aux implications plus générales de ces exemples; finalement, identifier des moyens d’offrir davantage de support aux chercheurs désirant diffuser leur savoir dans la langue française.
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