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Stéphanie Pache : Harvard University
Marquée par les travaux américains développés au cours du XXe siècle par des figures pionnières de la légitimation scientifique et médicale de la discipline comme le duo William H. Masters et Virginia E. Johnson, l’histoire de la sexologie s’est cependant encore peu intéressée à la fois aux dimensions cliniques de cette école sexologique, et aux modalités de leur mise en pratique localisée. Cette présentation se centre sur les pratiques que des sexologues suisses élaborent à Lausanne à partir des années 1960 en s’inspirant des travaux pionniers de la sexologie américaine dans des dynamiques locales de réappropriation théorique et de traduction thérapeutique.
Elle se propose de montrer comment la nouvelle discipline que représente la sexologie se constitue à Lausanne. En particulier, cette contribution décrira comment les connaissances sexologiques américaines offrent de nouvelles réponses à d’anciens problèmes, tout en devant prendre en compte leur réception comme un changement manifeste de la place de la sexualité dans les pratiques médicales locales. La façon dont le psychiatre et psychanalyste Pierre-André Gloor (1922-1992) organise le triage des cas relevant ou non d’une « thérapie sexuelle » illustre ainsi un agencement particulier de connaissances issues de disciplines diverses, notamment de la psychanalyse, de la sexologie, et de la psychiatrie, mais Gloor se réfère également plus globalement dans son approche des questions sexuelles à l’anthropologie physique ou à l’histoire.
Les enjeux d’une identification de ce qui serait un “vrai” ou un “pur” trouble sexuel sont ainsi autant d’ordre pratique — qui est en charge de quoi dans le système de soins — que d’ordre épistémologique — qui sait quoi sur ces manifestations cliniques. L’exemple lausannois offre ainsi un cas d’appropriation locale de savoirs sur la sexualité montrant la façon dont la définition du sexuel s’inscrit en pratique dans un contexte clinique et institutionnel particulier.
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
Titre du colloque :