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Robert Bastien
À la fin des années 1980, le sida était la porte d’entrée principale pour aborder la question de la sexualité, particulièrement en milieu scolaire. Presque toujours s’ensuivaient les risques de contracter et de propager l’infection, l’accueil des personnes infectées, l’émaciation des corps par la lipodystrophie, l’agonie et enfin la mort. Confronté à l’absence de cure, il y avait urgence de dire. Et cette urgence, parfois, conduisait à emprunter des voies éducatives semblables à ce que Lupton[1] (2014) nomme « the pedagogy of disgust ». Autrement dit, l’usage du dégoût dans la prévention pour susciter des prises de conscience sur la gravité du problème de santé et, de là, enclencher des changements de comportements pour réduire les risques. Comme l’exprimait un élève, interloqué par la question du sida : «ce n’est pas le sida qui me hante, c’est l’angoisse de faire l’amour» où une enseignante qui demandait à ses élèves «quelle quantité de salive contaminée faut-il boire pour risquer une exposition au VIH ?» Ainsi, la morbidité qui avait été auparavant exclue du registre discursif de la prévention est réapparue de manière foudroyante avec le sida. Issue d’une enquête ethnographique de plus de 8 mois dans une école secondaire en 1993-1994, cette conférence portera sur les modalités courantes d’aborder la sexualité, entre autres, par l’entremise du VIH. De voir comment cette épidémie était interprétée par des membres de l’école et retransmise aux élèves. Près de vingt-cinq années après, ces résultats seront revisités et discutés pour donner à voir comment, à cette époque, l’éducation à la sexualité fut investie par cette maladie. Nous nous appliquerons à remettre en contexte les interactions sociales où des enseignants tentaient de s’introduire, parfois malhabilement, dans la vie privée des élèves, des angoisses générées par la mise en scène du sida en classe, des effets de saturation provoqués par une surexposition au sida et des malaises éprouvés par des enseignants à traiter du sida en classe.
[1] Deborah Lupton, Critical Public Health (2014). The pedagogy of disgust: the ethical, moral and political implications of using disgust in public health campaigns, Critical Public Health, DOI: 10.1080/09581596.2014.885115
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
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