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Laetitia Condamin : Université de Poitiers
Face à la progression de l'obésité, à l'augmentation du niveau d'anxiété à propos de la santé et de la sécurité alimentaire, au
pouvoir croissant des consommateurs grâce aux échanges d'informations disponibles sur Internet, aucun dirigeant ni
manager marketing ne peut ignorer la question de sa responsabilité envers les consommateurs (De La Ville et Dreveton,
2010) lorsqu'il crée et distribue des produits alimentaires. Cet enjeu de responsabilité devient particulièrement aigu lorsque
ces produits sont consommés par les enfants et les adolescents sur une base régulière.
Nous présenterons les résultats de notre recherche, inscrite dans une démarche compréhensive (Dumez, 2013), qui avait
pour ambition de conduire les managers dans une approche réflexive sur leurs pratiques (Cristol, 2010), afin de dépasser les représentations que nous pourrions qualifier de « convenues » à propos du délicat sujet de l'éthique et de la responsabilité du marketing.
L’adolescence est une période où les jeunes renégocient leur rapport à l’alimentation (Baril et coll., 2014). Leurs besoins nutritifs évoluent, ils sont plus intéressés par ce qu’ils mangent et ils s’engagent dans des expériences gustatives hors foyer. Les choix alimentaires permettent alors l’affirmation d’une nouvelle autonomie (Mathiot, 2012). La famille demeure un espace de socialisation privilégié en matière d’alimentation (Belorgey, 2011) puisqu’elle est responsable de l’achat des aliments, de la préparation et de la prise des repas, et que les cultures alimentaires se transmettent de génération en génération (Diasio et Pardo, 2009). Au moyen de pratiques médiatiques plus autonomes, les adolescents sont exposés aux discours des acteurs de la sphère marchande, comme l’industrie agroalimentaire. Ces acteurs proposent des produits ciblant la clientèle adolescente et font la promotion de certains modèles alimentaires et corporels (Le Breton, 2013). On assiste également à la multiplication d’émissions présentant recettes et conseils alimentaires à la télévision et dans Internet (Cohen, 2015; Pollan, 2013), une offre à laquelle contribuent les jeunes (Abbar et coll., 2015). À ces discours s’ajoutent ceux de la santé publique et communautaire, dont les interventions ont notamment visé à améliorer l’offre alimentaire dans les environnements scolaires et à promouvoir la saine alimentation auprès des jeunes (Ogilvie et Eggleton, 2016). Comment les adolescents s’approprient-ils les multiples discours souvent contradictoires sur l’alimentation qui circulent dans les espaces public et privé? Comment développer des interventions qui puissent les soutenir dans la construction de choix alimentaires autonomes? Les pratiques alimentaires impliquent en effet l’apprentissage d’un ensemble d’habiletés (culinaires, socioculturelles, gastronomiques, commerciales, techniques, critiques et corporelles), renvoyant au fait social global (Poulain, 2002) et constitutives des littératies alimentaires (Lemieux, 2014).
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