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Mireille Estivalèzes : Université de Montréal
Si, depuis son implantation en 2008, l’enseignement d’éthique et culture religieuse (ECR) a fait l’objet de nombreuses critiques − de parents chrétiens estimant leur liberté de religion bafouée, de mouvements laïques estimant au contraire que l’ECR nuit à la liberté de conscience des athées et des agnostiques, et enfin, de militants politiques qui reprochent à ECR de faire la promotion du multiculturalisme canadien au détriment de l’identité québécoise − de nouvelles accusations ont été récemment formulées. Ces critiques visent plus spécifiquement le volet culture religieuse du programme, en l’accusant de promouvoir le sexisme et le fondamentalisme religieux, et s’inscrivent dans un discours féministe (Conseil du statut de la femme 2016) et anti-religieux (Baril et Baillargeon 2016). Selon ces critiques, l’école devrait plutôt expliquer combien les religions sont discriminatoires à l’égard des femmes, voire même, constituent en soi un système d’oppression dont il faut se protéger. De plus, dans cette perspective, une approche culturelle du religieux ne peut que relever de l’endoctrinement et n’a donc pas sa place dans le système éducatif. Or, ces reproches visent-ils à critiquer un enseignement ou cherchent-ils plutôt à faire le procès de la religion ? Cette communication permettra d’analyser ces discours, en tentant de décoder leurs différents présupposés, de dévoiler certaines failles et de situer leurs arguments dans l’étude critique des religions.
Le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) soulève nombre de débats depuis son implantation obligatoire dans toutes les écoles québécoises en 2008. Le programme a aussi été contesté devant les tribunaux. La Cour suprême du Canada a rendu un jugement en 2015 qui permet à une école secondaire privée d’adopter le programme ECR selon un point de vue catholique. Les défenseurs de ce programme regrettent ce jugement qui trahit son esprit non confessionnel, alors que ses opposants ont considéré qu’il confirmait l’idée que ce programme est un prolongement de l’enseignement religieux confessionnel d’autrefois. De plus, les signataires d’une pétition qui circule dans les médias sociaux en ce moment demandent que le programme ECR soit retiré du curriculum du primaire.
Depuis 2008, plusieurs études menées au Québec sur l’enseignement de l’ECR permettent de dresser un portrait des pratiques des enseignants et des défis qu’ils rencontrent dans leur travail quotidien. Les chercheurs ont entre autres mis en évidence un certain nombre de faiblesses liées à ce cours : l’insuffisance de la formation des enseignants du primaire, le manque de connaissance sur la vie communautaire des minorités religieuses du Québec, la difficulté de traiter de thèmes sensibles, les carences dans plusieurs manuels scolaires, l’inconfort d’aborder un point de vue religieux sur des questions d’éthique, les règles déontologiques inscrites dans le programme, etc. Néanmoins, les chercheurs ont aussi montré que le programme ECR répond aux attentes d’une société qui se distingue par la reconnaissance de sa diversité.
Ce colloque se veut une occasion d’aborder, à partir d’études scientifiques et de réflexions critiques, les impasses et l’avenir du programme ECR.
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