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« Vies minuscules » de Pierre Michon : l’Autre au secours du Moi auctorial

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Asma Turki : Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

Résumé de la communication

Pierre Michon a renouvelé le rapport entre le moi auctorial et la figure de l’autre. Son autobiographie, Vies minuscules (VM, 1984), tente de saisir le parcours personnel de l’auteur par le truchement de figures réelles exogènes, ayant vécu dans son entourage ou celui de sa parentèle. Au lieu d’un autoportrait unifié du moi auctorial, on assiste à l’émergence d’un polyptique hétéroclite qui mime l’émiettement du sujet narrant. A notre sens, cette démarche est due à deux raisons, l’une littéraire et l’autre personnelle : d’abord Michon appartient à cette génération d’auteurs des années 80 dépositaire du discrédit qui a longtemps frappé l’écriture biographique conventionnelle, de la disqualification de l’omniscience auctoriale ainsi que du ‘je’ énonciatif et des jeux formels des deux décennies précédentes. Écrire son autobiographie ne saurait donc se mettre en place que dans un climat de tension dont le théâtre est le corps du texte. Ensuite, Pierre Michon, ayant été privé de son géniteur dès le jeune âge, éprouve la plus grande difficulté à trouver une figure paternelle propre à l’identification et qui saurait lui servir de modèle. Aussi fait-il appel à des figures exogènes afin de se créer un père fantasmé, paternité qui hésite entre famille biographique et famille littéraire. D’où la liberté que s’octroie Michon dans la ‘fictionnalisation’ de personnes réelles : la figure inventée de l’autre éclaire le parcours auctorial, et ce dans une écriture qui porte en elle la désillusion quant à l’aboutissement de l’entreprise.

Résumé du colloque

Depuis 1980, la littérature fait une place considérable aux figures tirées de la réalité. Or, cette « littérarisation » de la personne réelle — sa mise en scène et en écriture — suscite une réflexion éthique qui oblige à penser de façon dialogique les relations entre auteur, lecteur, texte et monde. En effet, dans un contexte marqué par l’éclatement des frontières de la fiction et par le retour du sujet, l’écriture de la personne réelle ne se limite plus à l’évocation naïve de faits avérés, mais constitue désormais une (re)lecture engageante de la vie d’autrui. Or, si celle-ci peut se concevoir comme une façon de redonner vie aux oubliés et de redorer leur image, elle est aussi susceptible d’être perçue comme une prise en charge de l’autre qui lui confisque sa parole. Au-delà toutefois de la polarisation qui, d’un côté, proclame l’impunité de l’art et qui, de l’autre, envisage la littérature comme un discours « responsable », nous souhaitons explorer la variabilité des postures critiques suscitées par le phénomène de l’écriture de la personne réelle : quel rapport l’écri­vain est-il tenu d’entretenir avec la « vérité » d’un individu? À quel point peut-il ou doit-il la fictionnaliser afin de légitimer son entreprise sur un plan à la fois éthique et littéraire? A-t-on le droit de faire fiction de tout et de tous? En bref : quelles sont les implications éthiques de l’écriture de l’Autre, que ce soit dans un contexte biographique, autobiographique ou romanesque? À partir d’exemples ou à l’occasion d’une réflexion d’ensemble, les participants seront invités à aborder la question sous trois angles principaux : celui de l’écrivain et de sa démarche; celui du texte et de sa lecture; celui de la réception de l’œuvre et de ses usages sociaux.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 9 mai 2017

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