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J. Ignace Olazabal : Université de Montréal
Au Québec, le terme utilisé pour désigner les personnes ayant 65 ans et plus est celui d’aîné. Terme générique, il se substitue à ceux de personne du troisième âge, de retraité et, surtout, de vieux (et de vieille). Or aîné a une signification précise au sens anthropologique du terme, et désigne ces personnes âgées dans les sociétés traditionnelles qui, par l’expérience acquise au long d’une vie, ont un bagage d’enseignement indispensable pour les plus jeunes, alors que la mémoire des aînés remplaçait les savoirs consignés par les documents écrits. La transmission des savoirs et de la mémoire collective avait pour but de maintenir les sociétés aussi invariées que possible de génération en génération en les préservant du changement social. Ici passé, présent et avenir forment un ensemble circulaire.
Les sociétés hypermodernes tendent pour leur part à regarder vers le futur, et non vers le passé, le savoir des plus vieux étant considéré comme trop ancien, déphasé, pour être digne d’être transmissible. Or une société qui regarde vers le futur, jamais vers le passé, est une société qui par définition n’accorde que peu de valeur au savoir des plus vieux. Il est donc légitime de se demander si le terme aîné ne sert pas, pour l’heure, à se donner bonne conscience dans un type de société qui n’aime pas trop la vieillesse.
Produits du regard posé sur soi, mais également des regards des autres posés sur soi, la vieillesse et le vieillissement sont des constructions sociales qui se situent à la croisée de l’expérience individuelle et sociale. Dans un mouvement de balancier, les individus non seulement intériorisent ces représentations sociales, mais participent également à leur reproduction.
Les deux axes qui seront explorés dans ce colloque correspondent aux deux oscillations du balancier. Le premier concerne la manière dont les identités des personnes âgées se construisent en lien avec les normes et valeurs contemporaines. Si de nombreuses personnes âgées intériorisent des constructions sociales âgistes de la vieillesse et du vieillissement, d’autres luttent ou résistent concrètement ou symboliquement contre l’influence de ces stéréotypes. Ces formes d’intériorisation ou de résistance seront explorées afin de dresser un portrait de la diversité des expériences liées au vieillissement. Le souci de documenter le rapport aux constructions sociales du vieillissement des populations âgées minoritaires (immigrants, minorités sexuelles) sera également au cœur de ce premier axe.
Le second axe s’intéresse aux diverses constructions collectives de la vieillesse et du vieillissement. Les stéréotypes oscillent généralement entre deux visions contrastées : d’un côté, nous retrouvons une vieillesse « active », un vieillissement réussi, ce dernier visant la préservation de la jeunesse. Il s’agit du « troisième âge ». De l’autre côté, il s’agit d’une vieillesse malade, dépendante, fragile, emblématique du « quatrième âge » ou des personnes très âgées. Ce second axe se propose d’examiner les conceptions collectives de la vieillesse reflétant ces stéréotypes, mais aussi celles pouvant être des possibilités différentes de cette catégorisation binaire. Il tentera aussi de considérer les effets concrets de cette construction dichotomique, tant au niveau individuel qu’institutionnel et politique.