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Morisset Jean
Au moment où le Québec éclate en miettes de partout,
alors que tous les courants de pensée s’entrechoquent
pour s’entre-déchirer joyeusement autour d’un fulmineux
autodafé de la pensée sur la Place des Impédimenta,
un retour à la nécessité du Québec dans le rêve
des Amériques s’impose avec urgence.
D’autant que la marque la plus ancienne révélant
la vie sur terre serait apparue quelque part entre
Inoukdjouak et Koukdjouak, alors que la dérive des
Plaques continentales d’où surgirait un jour le Québec
était toujours en transhumance.
À mi-chemin entre l’Arctique et l’Atlantique,
l’Europe et la Caraïbe, le vaste Hinterland et
la mouvance océane… à mi-voie du métissage fondateur
et du multiculturalisme avant la lettre, mon propos
est de resituer le Québec en dehors de sa pensée pensante.
Et rassembler quelques éléments épars visant à conjurer
le rêve de libération illégitime dans lequel se trouve
engoncé le Québec. Plus encore, donner à voir combien
le Québec se situe à son insu à la jonction des grands
courants de survie et de renouvellement où se joue
l’avenir de la planète.
Les discours sur le Québec activent le plus souvent des conditionnements étatiques, renvoyant à un ensemble de délimitations juridiques, à des catégories nationales et à des mythes de fondation. Or, le nom « Québec » recouvre une trame empirique riche et complexe, que de telles constructions représentent de manière oblique, partisane ou idéaliste. Au-delà de ces discours, il désigne une prolifération d’histoires, de rencontres et de parcours qu’abritent la vallée du Saint-Laurent et ses bassins versants — en remontant par les forêts et les routes, les territoires traditionnels et les nouvelles banlieues, les zones industrielles et les lacs nommés par l’usage, les secteurs mobilisés et les lieux ouverts. Il existe en effet une multitude de pratiques et de gestes qui, s’articulant à des mémoires et des territoires, font affleurer la matière vive d’une pensée (politique) située au Québec. C’est cette situation de pensée que souhaite investir ce colloque. Il s’agit d’interroger cette série ouverte d’expériences, sous-tendues par une histoire politique, sociale, intellectuelle et littéraire, une tradition orale et une musicalité, voire une condition politique communes. Quels sont les modes du savoir qui permettent de rendre justice à une trame empirique aussi riche, complexe et diversifiée?
Pour appréhender les récits participant à la construction de l’objet « Québec », nous voulons réunir des chercheurs et chercheures dont la mise en commun des travaux contribuera à rendre davantage perceptible la consistance matérielle de ces formes d’existence. Quels échanges les structurent politiquement et cognitivement? Quelles expériences géographiques et humaines, autochtones et allochtones, coloniales et migrantes, les constituent? Nous proposons de déplier et de déstratifier le palimpseste « Québec », pour donner à lire, à voir et à entendre les formes de résonances épiques, épistémiques et quotidiennes qui le composent. L’exercice vise ainsi une construction collective et interdisciplinaire de l’objet « Québec », un effort de le faire apparaître dans son excédence.
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