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Anna Schmit : EHESS
En octobre 2013, les femmes autochtones de Colombie se saisissent de l’examen périodique du Comité pour l’élimination des discriminations envers les femmes (CoEDEF), pour exiger de leur gouvernement, la mise en œuvre de politiques publiques, destinées à protéger leurs droits sexuels et reproductifs. Elles y ont posé avec force et ce, pour la première fois dans l’histoire des Nations unies, la question des mutilations génitales féminines dans un pays sud-américain. L’enjeu d’aborder cette question dans l’espace onusien va au-delà d’une simple critique adressée aux sociétés mutilantes. Il allie « féminisme » et « multiculturalisme » dans l’affirmation d’une volonté collective visant à modifier un « dispositif de sexualité » qui, en vigueur dans les sociétés non mutilantes (qu’elles soient autochtones ou non), atténue, voire brise, les capacités des femmes à se constituer en Sujet sexuel actif. Comment retranscrire anthropologiquement la mise en débat multi scalaire de ce sujet extrêmement sensible ? En effet, la question des mutilations, instrumentalisable à souhait, a en soi un caractère polémique qui pose un certain nombre d’interrogations éthiques et scientifiques dans la pratique des sciences sociales. A partir de l’observation minutieuse de ce cas d’étude, la communication éclairera l’action collective des femmes autochtones de Colombie en explicitant la méthodologie déployée, les apports théoriques et empiriques de cette étude alimentant une réflexion plus vaste sur les pratiques de la recherche sur la sexualité. Le processus par lequel les femmes autochtones ont construit la question des mutilations et de la sexualité comme un domaine de politiques publiques sera examiné à la lumière de la méthodologie expérimentée pour faire face aux problèmes étiques que soulèvent les recherches sur la sexualité. Les données ont été récoltées par une ethnographique multi-site (Colombie et Suisse) du processus complet de cette action collective (septembre 2012 – octobre 2013).
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
Titre du colloque :