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Jan-Marc Larouche
L’acception du mot culture au tournant du 19e et du 20e s. en France est dominée par sa référence à un niveau de connaissances acquises et mobilisées en divers domaines, bref des compétences intellectuelles, morales et esthétiques qu’expriment les expressions relatives au développement, l’atteinte ou la possession d’une culture intellectuelle, scientifique, morale ainsi que Durkheim les évoque une quinzaine de fois dans les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Bien que Durkheim y cite et discute l’ouvrage de Tyler, Primitive Culture (1871), il ne reprend aucunement l’expression. Dans ses trois textes postérieurs aux FEVR sur la religion tout comme dans ses quatre principaux textes antérieurs sur le même sujet, on relève qu’une seule occurrence au mot culture et celle-ci avalise ce qui précède. Associé à une identité collective, Durkheim emploie le mot culture dans son texte l’Allemagne au dessus de tout (1914) en évoquant «la croyance à la supériorité de la culture allemande» mais toujours en l’associant à son double volet intellectuel et moral. Aucune occurrence lorsqu’il s’agit de la France, ici c’est le «caractère national» le tempérament collectif ou «l’esprit français» qu’il évoque plutôt que la culture française. Mais alors, quelle pertinence de Durkheim en regard du présent colloque ? D’ou vient cette association entre religion et culture chez un auteur qui ne la fait pas lui-même ?
Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.
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