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Adjoua Ghislaine N'dri : Université Alassane Ouattara
La notion d’alphabétisation telle qu’elle fonctionne actuellement en Côte d’Ivoire prête à confusion et à polémique (Lanoue 2013). Au départ, alphabétiser consistait à inculquer aux adultes les capacités instrumentales de la lecture, de l’écriture et du calcul dans une langue donnée à travers l’utilisation du modèle éducatif destiné aux enfants. Au Congrès de Persépolis en 1975, nous obtenons une autre définition de l’alphabétisation qui est influencée par la pédagogie de la conscientisation de Freire : l’alphabétisation intègre non seulement la dimension économique mais aussi met en exergue des problématiques nouvelles comme l’épanouissement, le développement personnel de l’homme, la prise de conscience pour le changement social et politique. Cependant, en Côte d’Ivoire, ce concept prête à nuance avec le concept de littératie qui est selon le Rapport de la table Ronde des experts en littératie de la 4e à la 6e année (2004) un processus d’acquisition de la lecture, de l’écriture, du calcul, un moyen d’épanouissement personnel et permet la participation active à la société démocratique. Cette communication se propose d’éclairer cette ambiguïté sémantique. Pour ce faire, nous nous appuierons sur la théorie de la terminologique culturelle étant donné qu’elle permet à une société de trouver le mot approprié pour exprimer un nouveau concept en puisant ses ressources linguistiques dans sa propre culture (Diki-Kidiri 2007).
L’écrit et la littératie des adultes et des jeunes adultes peuvent être vus comme constitutifs d’un vaste domaine de pratiques et de recherches. Le sens des notions et des concepts qui sont rattachés à l’écrit diffère selon les communautés de recherche et les langues, mais aussi selon les approches, c’est-à-dire les manières générales d’aborder un objet d’étude (systèmes de significations, concepts, méthodes, discipline de référence). Ces différences posent de nombreux défis d’ordre épistémologique et méthodologique, de même que pour le travail d’appropriation par les milieux de l’intervention. Fraenkel et Mbodj (2010) ainsi que Barton et Papen (2010) ont entamé une discussion sur les divergences et convergences entre les concepts mobilisés dans les sphères francophones et anglophones de recherches sur les pratiques de l’écrit et la littératie. Une réflexion a aussi été amorcée (Mercier et Bélisle, 2015) sur les approches dites cognitive et socioculturelle de l’écrit et de la littératie. Si la première, dominante, est centrée sur les compétences et fait des emprunts à la psychologie cognitive, la seconde fait des emprunts à la sociologie et à l’anthropologie pour comprendre les activités ou pratiques des individus ou des collectivités dans un contexte spécifique d’usage de l’écrit. En même temps, certains travaux laissent présager un rapprochement de paradigmes entre ces deux approches.
Ainsi, le but de ce colloque est de faire le point sur les concepts mobilisés dans les recherches sur l’écrit et la littératie conduites avec une approche socioculturelle, notamment dans le contexte franco-américain. Il s’articule autour de deux axes de convergences :
– l’axe du sens des notions et des concepts, incluant leur flou sémantique, dans les sphères anglophones et francophones des recherches sur l’écrit ou la littératie;
– l’axe des approches socioculturelles de l’écrit et de la littératie, incluant les possibles rapprochements de paradigmes avec les approches qui s’intéressent aux compétences.
Titre du colloque :