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JOELLE MICHAUD-OUELLET : University of Victoria
La contribution proposée part d’un constat d’une conscience exacerbée de vulnérabilité propre au Québec et qui s’explique principalement par le caractère minoritaire de ce peuple francophone au sein du bassin nord-américain. Pourtant, c’est la qualité de majorité des Québécois qui est au cœur de la réflexion proposée. « L’objet Québec » est ici abordé à travers une réflexion critique qui prend à partie à la fois le consensus voulant qu’il y ait adéquation entre être et État-nation et l’idée selon laquelle celle-ci est la meilleure garantie qui soit d’une identité invulnérable. En admettant d’emblée que le Québec n’est pas unique en son cas, c’est précisément à travers le prisme d’une quête de normalité, présentée comme maturité politique et indépendance, que la question de notre rapport à notre vulnérabilité est abordée. L’angle d’analyse privilégié est celui des conséquences pour les relations entre Autochtones et non-autochtones qui découlent de cette quête d’une identité invulnérable en la forme de l’État-nation.
Les discours sur le Québec activent le plus souvent des conditionnements étatiques, renvoyant à un ensemble de délimitations juridiques, à des catégories nationales et à des mythes de fondation. Or, le nom « Québec » recouvre une trame empirique riche et complexe, que de telles constructions représentent de manière oblique, partisane ou idéaliste. Au-delà de ces discours, il désigne une prolifération d’histoires, de rencontres et de parcours qu’abritent la vallée du Saint-Laurent et ses bassins versants — en remontant par les forêts et les routes, les territoires traditionnels et les nouvelles banlieues, les zones industrielles et les lacs nommés par l’usage, les secteurs mobilisés et les lieux ouverts. Il existe en effet une multitude de pratiques et de gestes qui, s’articulant à des mémoires et des territoires, font affleurer la matière vive d’une pensée (politique) située au Québec. C’est cette situation de pensée que souhaite investir ce colloque. Il s’agit d’interroger cette série ouverte d’expériences, sous-tendues par une histoire politique, sociale, intellectuelle et littéraire, une tradition orale et une musicalité, voire une condition politique communes. Quels sont les modes du savoir qui permettent de rendre justice à une trame empirique aussi riche, complexe et diversifiée?
Pour appréhender les récits participant à la construction de l’objet « Québec », nous voulons réunir des chercheurs et chercheures dont la mise en commun des travaux contribuera à rendre davantage perceptible la consistance matérielle de ces formes d’existence. Quels échanges les structurent politiquement et cognitivement? Quelles expériences géographiques et humaines, autochtones et allochtones, coloniales et migrantes, les constituent? Nous proposons de déplier et de déstratifier le palimpseste « Québec », pour donner à lire, à voir et à entendre les formes de résonances épiques, épistémiques et quotidiennes qui le composent. L’exercice vise ainsi une construction collective et interdisciplinaire de l’objet « Québec », un effort de le faire apparaître dans son excédence.
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