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Maxim Gaudette : Université de Montréal
Tout chercheur qui s’intéresse aux questions entourant la sexualité constate rapidement l’ampleur des défis qui se posent à lui et ce, tant sur le plan épistémologique que méthodologique. Nombreux sont, en effet, les travaux à soulever les difficultés entourant la cueillette et la diversification des données empiriques étant donné les tabous sociaux entourant leur objet de recherche. Il en va de même pour les recherches comme la mienne qui porte sur le travail du sexe au masculin, milieu marginalisé et doublement stigmatisé par les pratiques sexuelles vénales et celles dites homosexuelles qui lui sont souvent associées. Dans le cadre de cette conférence, je vais donc m’attarder à vous présenter non seulement les divers enjeux méthodologiques et épistémologiques, mais aussi éthiques, que j’ai rencontrés lors de ma recherche. Celle-ci étudie, à travers 12 entretiens semi-directifs avec des travailleurs du sexe masculins, la manière dont ils identifient et gèrent les pratiques qu'ils perçoivent « à risque ». Lors de ce colloque, je rendrai compte du fait que certains concepts qui semblent aller de soi sont porteurs de significations qui influencent grandement la recherche, voire confirment certains stéréotypes normatifs. Par exemple, le concept de « risque » mobilisé par certains chercheurs comporte des enjeux qui, à première vue, ne sont pas tous aussi évidents, et qui méritent, quoi qu’il en soit, une attention particulière. Toujours sur le plan théorique, de plus amples questionnements demeurent. La sexualité du chercheur est-elle un facteur qui biaise les données ou qui vient les enrichir? En fait, peut-on même parler de « travail du sexe » si certains échanges avec les clients ne sont pas exclusivement « sexuels »? Comment en outre traiter de ce sujet sans tomber dans les pièges machistes, patriarcaux ou (hétéro-homo)normatifs?
Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.
Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.
Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.
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