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Faire parler les « jeunes personnes »: les « Magasins » de Marie Leprince de Beaumont

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Andréane Audy-Trottier : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

Marie Leprince de Beaumont (1711-1780) est l’un des auteurs les plus lus et les plus traduits au XVIIIe siècle. Outre sa réécriture de La Belle et la Bête, ses Magasins constituent sans doute ses œuvres les plus célèbres, ayant grandement contribué à renouveler la pédagogie laïque au siècle des Lumières. Largement inspirés de son expérience londonienne de gouvernante, ces écrits empruntent la forme du dialogue pédagogique et mettent en scène les leçons d’une ‘‘sage’’ gouvernante, Mlle Bonne, et ses élèves. L’une des ambitions de Marie Leprince de Beaumont semble être de proposer un récit éducatif qui non seulement met en scène des jeunes demoiselles, mais leur donne également la parole, laquelle veut refléter les caractéristiques de l’enfance. Cette volonté est inscrite dans le titre même du Magasin des enfans, où elle insiste pour dire qu’elle «fait penser, parler, agir les jeunes Gens suivant le génie, le tempérament, et les inclinations de chacun» et qu’elle y représentera «les défauts de leur âge». Cette mise en scène de la parole enfantine féminine est d’autant plus intéressante qu’elle prolonge et approfondit la réflexion sur l’enfance amorcée au siècle précédent. Je m’intéresserai plus particulièrement au Magasin des enfans (1756), au Magasin des Adolescentes (1760) et au Magasin des jeunes dames (1772), afin d’envisager l’évolution de la parole enfantine féminine à travers les âges de la vie que sont l’enfance et l’adolescence et le début de l’âge adulte.

Résumé du colloque

À une époque où il est encore malséant pour les femmes de prendre la parole publiquement, surtout pour discuter de matières controversées ou pour formuler la critique de décisions ou de personnages politiques ou religieux, on peut se demander comment, dans les imprimés français de la première modernité, on fait parler une figure féminine ou un groupe anonyme de femmes, notamment lorsque celles-ci sont de basse extraction sociale. Qu’il s’agisse de locutrices agissant comme protagonistes au sein d’un récit ou d’un « je » féminin qui semble se confondre avec une instance auctoriale, ces « voix » féminines présentent une grande diversité d’ethe. Quels types de personae les ventriloques — qu’il s’agisse de rédacteurs féminins ou masculins — élaborent-ils dans leurs écrits? Comment ces prises de parole au féminin se transforment-elles selon les contextes et les périodes? Quelles formes textuelles (écrits en prose ou versifiés, prophéties, caquets, dialogues, lettres, etc.) privilégie-t-on pour faire entendre ces voix féminines marginales et parfois dissidentes? Le travestissement textuel, c’est-à-dire les phénomènes de ventriloquie entendue ici métaphoriquement comme « le procédé au moyen duquel un rédacteur anonyme fait entendre une voix prétendument véritable1 » et autre que la sienne, soulève plusieurs interrogations relatives à l’auctorialité féminine. Brouillant les repères identitaires, ces procédés de ventriloquie complexifient les enjeux génériques et semblent mettre radicalement en question l’essentialisation des notions d’« écriture féminine » et de « parler femme ».

1 Jean-Philippe Beaulieu, « La voix de la maréchale d’Ancre. Effets de ventriloquie dans quelques pamphlets de 1617 », dans David Martens (dir.), La Pseudonymie dans la littérature française. De François Rabelais à Éric Chevillard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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