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Christian Nadeau : Université de Montréal
Deux historiens ont récemment fait appel au traitement des images dans leurs travaux, Georges Didi-Huberman et Enzo Traverso. Ces historiens font appel au rôle de la fiction et de l’image dans la compréhension de l’histoire (par exemple au sujet du cinéma d’Einsenstein chez Didi-Huberman). Fiction et image sont pensées comme deux éléments essentiels de ce que nous pourrions nommer, à la suite de Gérard Noiriel, l’usage public de l’histoire, qui peut être vu de deux manières : ou bien il s’agit d’une instrumentalisation politique de l’histoire par des gouvernements et/ou des intérêts particuliers, ou bien l’histoire est le référent qui offre une trame commune à une vision du monde ou un ensemble de valeurs. L’usage public de l’histoire peut donc signifier à la fois un geste de pouvoir ET un acte de résistance. Si cette alternative est évidemment réductrice, elle montre toutefois qu’il serait risqué de vouloir empêcher la pratique historienne de s’inscrire dans la perspective plus générale d’un usage public des idées. Par l’analyse qu’ils font des rapports entre fictions et images, Didi-Huberman et Enzo Traverso invitent à penser un contrepoids à l’instrumentalisation politique de l’histoire et à une aseptisation savante qui tend à rendre presque impossible le jugement public sur le passé.
Jablonka (2014) souligne la consubstantialité de l’écriture avec le déploiement de la recherche et son immanence au projet scientifique. La fiction, dit-il, ne règne pas sur la littérature profane, laquelle est compatible avec les modes d’enquête des sciences sociales et peut rendre compte de la constitution et de la marche de l’univers social. Or, pour Joutard (2013), romans, films et jeux vidéos historiques appartiennent à un même genre, incompatible avec les discours et pratiques scientifiques : la fiction. Ces deux thèses soulèvent une série de questions quant aux discours et pratiques profanes émanant de l’industrie des médias de masse en général, et de l’usage public de l’histoire en particulier.
1. La manière dont les discours profanes sont structurés et formés :
Comment la transition du discours savant au discours profane s’opère-t-elle au cinéma, à la télé, dans les chansons, romans et jeux vidéos?
2. La représentation du monde dans les discours profanes :
Quelles représentations de l’univers social (les guerres, les injustices et luttes socioculturelles, socioéconomiques et sociopolitiques du passé) s’en dégage-t-il? Rendent-ils les rapports sociaux plus ou moins intelligibles à leurs consommateurs (joueurs, lecteurs, spectateurs)?
3. Les effets des discours profanes sur les rapports sociaux :
Comment leurs modes de production et de diffusion structurent-ils la manière dont leurs consommateurs médiatisent l’univers social? Instrumentalisent-ils les mémoires et l’histoire publique? Quel rapport à l’autorité et à l’agentivité leur format ou leur contenu promeuvent-ils?
Ce colloque multidisciplinaire se veut un espace de réflexion sur ces discours et pratiques profanes, dans une optique tant d’exploration des fondements théoriques sur lesquels asseoir la recherche pour ces objets que de conceptualisation, de problématisation et de compréhension des représentations qu’ils facilitent ou entravent.
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