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Wedencley Alves : Université Fédéral de Juiz de Fora, Minas Gerais
Cette recherche a pour objectif la compréhension des textes en ligne produits par les filles qui ont reçu le diagnostic d'anorexie et de boulimie. Généralement, ces jeunes s'expriment sur des sites nomades, afin d'éviter la localisation, et elles utilisent des pseudonymes pour ne pas être identifiées. La lecture discursive de leurs récits permet de faire une cartographie des sens qu'elles attribuent aux signifiants comme le corps, la santé, le malaise, la vie, la mort et l'alimentation. Nous comprenons théoriquement que les mots et les expressions ne portent pas un sens en eux-mêmes, mais que les sens changent selon les formations discursives avec lesquelles les sujets s'identifient. La recherche a déjà révélé des aspects intéressants : en effet d'après nos observations, il est peu probable que nous puissions dire, comme le fait une compréhension courante, que ces filles suivent des modèles corporels établis par le monde de la mode ou de la communication.
L’adolescence est une période où les jeunes renégocient leur rapport à l’alimentation (Baril et coll., 2014). Leurs besoins nutritifs évoluent, ils sont plus intéressés par ce qu’ils mangent et ils s’engagent dans des expériences gustatives hors foyer. Les choix alimentaires permettent alors l’affirmation d’une nouvelle autonomie (Mathiot, 2012). La famille demeure un espace de socialisation privilégié en matière d’alimentation (Belorgey, 2011) puisqu’elle est responsable de l’achat des aliments, de la préparation et de la prise des repas, et que les cultures alimentaires se transmettent de génération en génération (Diasio et Pardo, 2009). Au moyen de pratiques médiatiques plus autonomes, les adolescents sont exposés aux discours des acteurs de la sphère marchande, comme l’industrie agroalimentaire. Ces acteurs proposent des produits ciblant la clientèle adolescente et font la promotion de certains modèles alimentaires et corporels (Le Breton, 2013). On assiste également à la multiplication d’émissions présentant recettes et conseils alimentaires à la télévision et dans Internet (Cohen, 2015; Pollan, 2013), une offre à laquelle contribuent les jeunes (Abbar et coll., 2015). À ces discours s’ajoutent ceux de la santé publique et communautaire, dont les interventions ont notamment visé à améliorer l’offre alimentaire dans les environnements scolaires et à promouvoir la saine alimentation auprès des jeunes (Ogilvie et Eggleton, 2016). Comment les adolescents s’approprient-ils les multiples discours souvent contradictoires sur l’alimentation qui circulent dans les espaces public et privé? Comment développer des interventions qui puissent les soutenir dans la construction de choix alimentaires autonomes? Les pratiques alimentaires impliquent en effet l’apprentissage d’un ensemble d’habiletés (culinaires, socioculturelles, gastronomiques, commerciales, techniques, critiques et corporelles), renvoyant au fait social global (Poulain, 2002) et constitutives des littératies alimentaires (Lemieux, 2014).
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