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La neutralité de la recherche scientifique, oui, mais dans quelles phases du processus de recherche scientifique?

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Iraj Nikseresht : Université de Téhéran

Résumé de la communication

Le problème fondamental de la philosophie et de l’histoire des sciences est d’expliquer la totalité du processus de la recherche scientifique. John Herschel (1792–1871), pour la première fois, et Hans Reichenbach (1891–1953) distinguent deux phases dans le processus de la recherche scientifique : 1. Contexte de découverte (Context of discovery) et 2. Contexte de justification (Context of justification). Mais depuis plus d'un demi-siècle les sciences sont traitées comme une institution sociale et plus seulement comme un savoir. Elles sont produites par des humains aux capacités de savoir. Les sciences modernes sont plus que des activités de savoir. Dans cette situation la neutralité de la recherche scientifique devient de plus en plus importante, mais la question posée est dans quelle mesure la science est influencée ou non par des facteurs extra-scientifiques (sociaux, économiques, politiques) et par des convictions métaphysiques, voire religieuses?
Pour répondre à la question, l'analyse proposée ici se fera en deux étapes. Nous allons d’abord distinguer cinq phases dans le processus de recherche scientifique : 1- choix du domaine de la recherche, 2- choix du sujet de la recherche, 3- niveau de découverte scientifique, 4- niveau de justification scientifique et 5 – développement de la science. Ensuite, à l’aide de l’histoire de la science nous montrerons que la neutralité de la recherche scientifique dans les phases 2, 3 et 5 est moins importante que dans les phases 3 et 4.

Résumé du colloque

Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.

Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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