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La physiocratie et la re-production du colonialisme : une lecture décoloniale de l’œuvre de Pierre-Paul Rivière de La Mercier

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Lina Alvarez : Belgique

Résumé de la communication

La philosophie européenne a mis au jour l’importance de la physiocratie dans la configuration des mécanismes modernes de domination. Les physiocrates affirment l’existence d’un ordre naturel ou physique, qui a comme but le bonheur, lequel consiste en l’obtention de l’opulence. Ils postulent, sous la forme d’une loi, que seule l’agriculture produit des richesses. Ainsi, Marx arrive à la conclusion que les physiocrates sont les pères fondateurs de l’économie, tandis que Foucault et Agamben considèrent cette école comme étant à l’origine de la biopolitique et de la gouvernementalité. Toutefois, malgré le lien étroit que le capitalisme entretient avec le colonialisme, la relation entre la physiocratie et la colonialité n’a été interrogée que de manière marginale.

En faisant une lecture décoloniale de l’œuvre de Lemercier de la Rivière (physiocrate et intendant des colonies françaises aux Caraïbes de 1759 à 1764), cette intervention vise à combler cette lacune. Deux hypothèses seront avancées : 1) la physiocratie n’est pas seulement une des origines de la biopolitique, mais aussi de la nécropolitique. 2) La physiocratie a non seulement contribué à l’émergence d’une nouvelle forme de pouvoir qui vise le contrôle de la population, mais aussi à l’émergence de la colonialité de la nature. Ces hypothèses permettront de confirmer l’idée selon laquelle les pratiques coloniales ont modelé certaines techniques d’objectivation de la vie, reprises par la suite au sein de l’espace européen.

Résumé du colloque

La philosophie politique et les sciences sociales « continentales », ainsi que les idées politiques qui s’en inspirent (comme les féminismes de la 3e vague, les études postcoloniales ou subalternes), font un large usage du concept de « sujet » et de ses dérivés : subjectivité, subjectivation. Il s’agit de placer au centre de la réflexion un concept du sujet compris comme une interruption, un écart, un déplacement d’un dispositif de pouvoir, qui renvoie à une pratique de la résistance, voire à une expérience de la liberté. Jouer la subjectivité/subjectivation contre le « sujet » traditionnel, c’est ainsi demander de quelles possibles institutions elle est porteuse : comment la résistance s’institue-t-elle en un sujet politique, comment penser la consistance temporelle spécifique d’un processus donné de subjectivation, et son institution? Quel est aujourd’hui l’atout théorique de l’usage de la « subjectivité politique » dans la pensée du pouvoir et des normes, et en quoi se distingue-t-elle d’autres propositions contemporaines, comme celles qui privilégient les concepts d’agency ou de self, davantage présentes dans le monde anglo-saxon? Inversement, que laisse-t-elle dans l’ombre, quels en sont les limites et les effets pervers possibles? Ce concept a par ailleurs migré dans d’autres champs du savoir, comme la sociologie, le travail social, la santé ou l’éthique du care. Enfin, il présente l’idée d’un sujet incarné (corps, affects, genres) et ancré dans des pratiques, allant du local au global : on peut donc se demander quelle est sa fécondité en regard des orientations pratiques, voire des politiques publiques qu’il est susceptible d’appuyer ou de critiquer, et aussi quels types d’identité et de vécus politiques il permet d’éclairer ou de produire.

Ce colloque entend explorer ces questions dans le triple domaine de la constitution du sujet, des dispositifs de pouvoir et des potentiels d’émancipation. Son objectif principal consiste à identifier l’origine et à circonscrire les avenues actuelles et la fécondité potentielle du concept de subjectivité politique, et cela, dans différents champs théoriques et pratiques. Il s’agira d’examiner et de discuter les problèmes éthiques, épistémiques, méthodologiques et politiques soulevés par ses usages dans la perspective : 1) de comprendre les tensions et les conflits des transformations sociales en cours à travers la pluralité des formes de subjectivité politique qui s’y manifestent; 2) d’identifier les nouvelles potentialités démocratiques et d’émancipation qui y sont en émergence, et les défis que cela pose pour l’action collective; et 3) de mener une réflexion interdisciplinaire et transdisciplinaire (articulations entre recherche, formation et intervention sur le terrain) renouvelée sur les rapports entre subjectivité et politique dans ce contexte.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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