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La rhétorique féminine au regard d’une Antiquité rêvée : l’exemple de l’« Histoire de Tullie, fille de Cicéron » de la marquise de Lassay

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Donia Akkari : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

La reprise, dans les ouvrages de fiction, des figures tirées de la littérature antique associe fréquemment tradition rhétorique et esprit d’invention chez les auteurs mondains des XVIIe et XVIIIe siècles. Le projet de recréer une Antiquité rêvée semble alors relever d’une ambition d’ériger ces figures historiques en modèles moraux et éthiques pour mieux concevoir et remettre en question le temps présent. Auteure mondaine très peu connue du premier XVIIIe siècle, la marquise de Lassay a écrit quelques contes de fées et, en 1726, elle fait paraître l’Histoire de Tullie, fille de Cicéron, un ouvrage qu’elle dédie à ses filles pour des fins pédagogiques. Ainsi, le choix de la mise en scène du personnage de la fille d’un grand philosophe et rhéteur latin se justifie par l’idéalisation dont fait l’objet cette époque de l’histoire littéraire, qu’elle tente d’acclimater à l’époque moderne et aux ambitions pédagogiques qu’elle cultive. Par la voix de la marquise de Lassay, le personnage de Tullie deviendra donc le parangon des vertus morales et intellectuelles que chérit la société galante. Or, celles-ci sont indissociables des traits les plus valorisés d’une conversation féminine qui se traduit dans les manifestations d’une rhétorique qui, chez la marquise de Lassay, s’inspire de l’Antiquité pour mieux définir une éloquence française moderne qui passe par l’exemple féminin.

Résumé du colloque

À une époque où il est encore malséant pour les femmes de prendre la parole publiquement, surtout pour discuter de matières controversées ou pour formuler la critique de décisions ou de personnages politiques ou religieux, on peut se demander comment, dans les imprimés français de la première modernité, on fait parler une figure féminine ou un groupe anonyme de femmes, notamment lorsque celles-ci sont de basse extraction sociale. Qu’il s’agisse de locutrices agissant comme protagonistes au sein d’un récit ou d’un « je » féminin qui semble se confondre avec une instance auctoriale, ces « voix » féminines présentent une grande diversité d’ethe. Quels types de personae les ventriloques — qu’il s’agisse de rédacteurs féminins ou masculins — élaborent-ils dans leurs écrits? Comment ces prises de parole au féminin se transforment-elles selon les contextes et les périodes? Quelles formes textuelles (écrits en prose ou versifiés, prophéties, caquets, dialogues, lettres, etc.) privilégie-t-on pour faire entendre ces voix féminines marginales et parfois dissidentes? Le travestissement textuel, c’est-à-dire les phénomènes de ventriloquie entendue ici métaphoriquement comme « le procédé au moyen duquel un rédacteur anonyme fait entendre une voix prétendument véritable1 » et autre que la sienne, soulève plusieurs interrogations relatives à l’auctorialité féminine. Brouillant les repères identitaires, ces procédés de ventriloquie complexifient les enjeux génériques et semblent mettre radicalement en question l’essentialisation des notions d’« écriture féminine » et de « parler femme ».

1 Jean-Philippe Beaulieu, « La voix de la maréchale d’Ancre. Effets de ventriloquie dans quelques pamphlets de 1617 », dans David Martens (dir.), La Pseudonymie dans la littérature française. De François Rabelais à Éric Chevillard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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