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Marie-Laurence Bordeleau-Payer : UQO - Université du Québec en Outaouais
Le concept se présente comme un outil langagier et méthodologique au moyen duquel il est possible de saisir la réalité, de sorte qu’il agit comme médiation par laquelle une signification est véhiculée et objectivement appréhendée. Or, le fondement langagier du concept en fait une unité de sens intimement attachée à l’activité cognitive qui s’en empare. C’est pourquoi le concept et la pensée doivent être approchés en fonction d’une relation indissociable par laquelle la (re)connaissance des objets du monde est possible suivant son enracinement socio-historique. Cela dit, cet ancrage met en évidence le fait que les concepts ne sont jamais neutres, c’est-à-dire qu’ils sont empreints d’une teneur normative et idéologique propre à la culture « épistémologique » et à l’esprit du temps qui participent de leur construction dialectique. Et puisque ce contexte est intrinsèque à l’entreprise de connaissance du monde, tout chercheur désirant accéder à la saisie de la réalité doit tenir compte de la nature « culturelle » du procès par lequel la « réalité » est envisageable et ce, par le biais d’une prise en considération de l’univers de sens sur lequel prend appui la pensée humaine. C’est en fonction de ces considérations que je m’appliquerai, dans le cadre de cette communication, à mettre en lumière la nature sociale de tout projet de connaissance selon le rapport d’objectivation socio-historiquement ancré qui sous-tend toute désignation conceptuelle et la pensée qui la réfléchit.
Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.
Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.
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