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Le système de pensée afro-ibéro-américain : une alternative idéologiquement empêchée au racialisme

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Montserrat Fitó : EHESS, Paris - CIRCACIA, Cayenne

Résumé de la communication

Le système de pensée afro-ibéro-américain est né aux Amériques, produit de la résistance à l'esclavage, un marronnage idéologique. Les religions qui le sous-tendent furent re-signifiées à partir d'éléments originaires de plusieurs contextes africains. Cette pensée, pratique sociale aussi codifiée qu'individualisée, est vécue comme un corpus de savoirs endogènes sur l'être humain. Les notions d'aché et d'oricha sont centrales à la conception de la personne humaine inhérente à ce système de pensée. Pour le comprendre, on ne peut faire l'économie d'un certain athéisme méthodologique. Car s'il existe un relatif consensus pour traduire la notion d'aché comme l'énergie vitale des êtres, le concept d'oricha est toujours réduit au sens imposé par la religion de la colonisation : un dieu, une divinité. Cette réduction nous empêche de comprendre, non seulement pourquoi ces pratiques persistent jusqu'à nos jours, mais également la raison de leur pertinence. Le questionnement épistémologique ici proposé implique une analyse des langages corporels dans le système de pensée afro-ibéro-américain, invitant à libérer notre regard de préjugés hérités de l'anthropologie coloniale. Les enjeux de la persistance de ces pratiques sont éminemment politiques. Je montrerai que l'approche décoloniale de ce système de pensée ayant pour centre le concept d'oricha est un modèle de décolonialité du savoir et de l'être, empêché par la domination de la pensée (mono)théiste.

Résumé du colloque

Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.

Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

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